Des vétérinaires dans la brousse de Tanzanie

  • Forum
  • Le 27 octobre 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Mme Veillette, au centre, et l'étudiante Elody Asselin ont réfléchi avec les Masais sur les manières de hausser la production laitière de leurs vaches. (Photo: Marie-Ève Borris)

 

Peuple indigène semi-nomade d'Afrique de l'Est, les Masais vivent en étroite relation avec leurs troupeaux de zébus, qui leur assurent leur alimentation quotidienne en lait. Ils consomment aussi leur sang à l'occasion de rituels.

 

«Ce sont des gens très proches de leurs bêtes; on les voit partir le matin pour les faire paître et boire, souvent jusqu'à la tombée du jour. Ils peuvent marcher des dizaines de kilomètres avec elles», relate la Dre Manon Veillette, clinicienne à la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal.

 

Avec trois étudiantes finissantes de la faculté  Marie-Ève Borris, Sara Berthiaume et Elody Asselin, elle a réalisé une mission humanitaire de deux semaines en Afrique cet été pour prodiguer gratuitement des soins aux animaux. Disposant d'une voiture avec chauffeur pour se déplacer d'un village à l'autre, l'équipe québécoise est entrée en contact avec une dizaine d'éleveurs de la région d'Arusha, dans le nord de la Tanzanie. Ceux-ci ont accueilli les vétérinaires à bras ouverts. «En dépit de la barrière de la langue  la plupart des gens ne parlaient que le swahili , nous avons pu nous faire comprendre et les éleveurs nous ont accordé toute leur confiance. Jamais nous n'avons senti notre sécurité menacée», précise la spécialiste de la médecine bovine ambulatoire. Les hôtes se sont montrés très soucieux du bien-être de leurs invitées.

Curatif, préventif et reproductif

Les étudiantes, qui ont obtenu des crédits de cours pour ce projet inusité, avaient conçu des affiches pour bien faire comprendre la nature de leurs interventions. La mission comportait trois axes : la prévention, la guérison et la reproduction.

De gauche à droite, Marie-Ève Borris, Sara Berthiaume et Elody Asselin. Manon Veillette est à droite sur notre photo. (Photo: Ezekiel Lembile Kone)Le volet prévention comprenait la vaccination des zébus contre une maladie qui cause des avortements chez les vaches et qui est transmissible à l'être humain par l'ingestion de lait cru : la brucellose. Quelque 400 génisses ont été vaccinées. S'est ajoutée une intervention préventive parallèle sur une trentaine de chiens dont on craignait l'infection par la rage. Côté curatif, l'équipe a soigné de nombreuses plaies cutanées et problèmes de boiterie parmi le bétail. Enfin, les émissaires québécoises ont procédé à l'insémination artificielle d'une dizaine de vaches.

C'était là l'un des éléments les plus originaux de cette mission. La Dre Veillette a effectué des croisements avec la variété de vache suisse brune, reconnue pour sa production laitière supérieure à celle des zébus. «Nous pensons que les vaches seront de meilleures laitières. L'expérience a déjà été tentée en Colombie par un collègue vétérinaire, avec succès», résume la Dre Veillette. Il faudra attendre la maturité des veaux pour mesurer la réussite de l'opération, soit environ deux ans après la mise bas, qui aura lieu l'an prochain.

Sur le plan culturel, l'expérience a été riche pour les Québécoises. Dans cette société patriarcale et polygame, les hommes possèdent le pouvoir et les femmes s'occupent de traire les vaches. Ce sont souvent les jeunes garçons qui ont pour tâche d'accompagner les ruminants dans leur errance de tous les jours à la recherche d'eau et d'herbe.

Il règne une grande cohésion entre les gens et les bêtes. Chaque vache a son nom et peut être facilement reconnue par son éleveur, ce qui peut surprendre quand on sait qu'une seule famille peut posséder 200 têtes. Si les personnes rencontrées n'étaient pas très grasses, aucune ne semblait souffrir de sous-alimentation.

Même si elle semble primitive  encore récemment, l'adolescent masai devait tuer un lion pour faire son entrée symbolique dans l'âge adulte , cette population a un pied dans la modernité, puisque plusieurs éleveurs possèdent un téléphone portable.

Y aura-t-il une deuxième mission en Tanzanie? La Dre Veillette souhaite passer le flambeau à un collègue pour l'été 2015, compte tenu de la somme de travail nécessaire pour l'organisation de la première, soit plus de trois ans de démarches.

Les vétérinaires tiennent d'ailleurs à remercier les partenaires du projet, en particulier la Dre Lieve Linen, qui dirige une clinique vétérinaire à Arusha. Grâce à elle, les coopérantes n'ont pas eu à faire venir des produits pharmaceutiques d'outre-mer, ce qui se serait avéré extrêmement compliqué et long. C'est par l'intermédiaire de cette clinicienne que les doses de vaccins ont pu être acheminées dans la brousse. «L'organisme montréalais Reach Out To Humanity nous a soutenues dans les préparatifs liés au projet et nous a aidées à établir des contacts en Tanzanie, ajoute la Dre Veillette. Là-bas, la Maasai Women Educational Development Organisation nous a encadrées pendant notre séjour et nous a appuyées auprès des populations masais. Sans elle, cette belle aventure aurait été impossible. Enfin, le club Rotary de Saint-Hyacinthe, le club bovin de la faculté et la société IAMS ont commandité la mission.»

Les Québécoises ont terminé leur séjour par un safari au cours duquel elles ont pu admirer d'innombrables animaux sauvages typiques de la savane africaine : éléphants,  lions,  zèbres,  hippopotames, etc.

Les stagiaires feront une présentation détaillée de leur séjour à la Faculté de médecine vétérinaire, à Saint-Hyacinthe, en décembre prochain.

Mathieu-Robert Sauvé