Fièvre d'Ebola: «?On doit agir comme à la guerre.?»

  • Forum
  • Le 27 octobre 2014

  • Dominique Nancy

Le Dr Mandy Kader Kondé a rappelé que l'aide internationale est indispensable pour maîtriser l'épidémie.«Pour contenir la maladie à virus Ebola, et cela est possible, on doit agir comme à la guerre et mettre nos ardeurs et passions en commun.»

 

C'est le message qu'a livré le 17 octobre le Dr Mandy Kader Kondé au cours d'une conférence midi intitulée «L'épidémie d'Ebola : aurait-on pu l'éviter? Que doit-on faire maintenant?» et organisée par l'École de santé publique et l'Unité de santé internationale (USI) de l'Université de Montréal.

Pour le médecin pédiatre et spécialiste des fièvres hémorragiques qui dirige le Centre de formation et de recherche sur le paludisme et les maladies prioritaires en Guinée, aller à la guerre signifie «attaquer sur le terrain», là où l'ennemi est le plus puissant. Trouver les armes capables d'éradiquer le mal.

À ce jour, l'épidémie en Afrique de l'Ouest, la plus grave de l'histoire de cette fièvre, a fait 4546 morts sur les 9191 cas recensés en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, les trois pays les plus touchés par le virus depuis février 2014. «Les femmes sont davantage contaminées par le virus en raison de leur rôle d'aidantes naturelles», a mentionné le Dr Kondé, qui relève plusieurs problèmes dans ces pays qui réunissent des conditions propices à l'éclosion de la maladie : gestion inadéquate du système de santé, pauvreté, conditions d'hygiène difficiles, accès restreint à l'eau potable et aux toilettes, déplacements locaux et transfrontaliers de plus en plus fréquents des populations et spécificités des rites funéraires.

«Dans un contexte où les ressources et les soins sont insuffisants, tous ces facteurs combinés contribuent à la propagation du virus», a signalé celui qui a travaillé durant près de 20 ans pour l'Organisation mondiale de la santé  dans de nombreux pays d'Afrique, notamment en République démocratique du Congo où, en 1995 et 1996, il a été mobilisé pour aider à combattre le fléau du virus Ebola.

Hygiène, vaccination et communication

À son avis, le Canada et les pays dont les systèmes de santé sont robustes n'ont pas à craindre de vivre des scènes dantesques dignes de La peste, d'Albert Camus. La situation en Afrique de l'Ouest nécessite toutefois un appui concret de la communauté internationale afin de limiter les dommages humains et matériels qui accompagnent l'épidémie. Le médecin a par ailleurs fait remarquer que l'histoire médicale est jalonnée de maladies désastreuses telles que la peste, le choléra et la variole, qui ont ravagé les populations de façon régulière. Plus récemment, le syndrome respiratoire aigu grave nous a rappelé que, en dépit de notre technologie et de notre savoir-faire, nous pouvons, nous aussi, sombrer rapidement dans la panique et la désorganisation.

«Le virus Ebola ne se transmet pas, heureusement, par voie aérienne comme la grippe, a-t-il précisé. Pour être contaminé, il faut avoir été en contact direct avec les fluides corporels d'une personne infectée.» Le virus reste extrêmement actif à l'intérieur des cadavres. D'où l'importance que leur prise en charge se fasse par des équipes spécialisées portant des vêtements de protection.

La mise à l'écart de malades et l'application de mesures d'hygiène préventives ont permis de neutraliser le virus Ebola dans certains villages. Le virus a même disparu du Nigeria et du Sénégal du fait de la mort ou de la guérison des malades sans autre propagation. Ce sont ces méthodes, appliquées dès l'apparition des premiers cas, qui avaient jusque-là permis de restreindre l'ampleur des épidémies de la fièvre hémorragique depuis 1976.

De telles procédures permettront-elles de réduire à néant les risques de propagation du virus en Afrique de l'Ouest? Peut-être, semble dire le Dr Kondé. «Mais un important travail de communication reste à faire pour informer et rassurer les populations méfiantes et mal renseignées qui n'osent plus se rendre dans les services de santé de peur d'y mourir.»

Le but de sa conférence était de présenter «les circonstances de l'éclosion de l'épidémie actuelle à travers une analyse épidémiologique et de proposer une approche sur les interventions» qui peuvent être réalisées pour faire face à ce problème de santé mondiale.

L'appui de l'USI

Le Dr Kondé n'est pas alarmiste. Même si aucun vaccin ou traitement n'est actuellement disponible, plusieurs mesures concrètes peuvent déjà être prises afin d'endiguer l'épidémie, selon lui. «Le Canada peut nous aider dans l'amélioration des capacités de l'État guinéen : renforcement de la surveillance épidémiologique, études, formation, essais cliniques et mise sur pied de laboratoires mobiles.» Il se réjouit de l'aide supplémentaire de 30 M$ du Canada pour lutter contre le virus Ebola. Cette aide s'ajoute aux 35 M$ promis par le gouvernement canadien il y a trois semaines. Le Dr Kondé espère toutefois que ce qui est annoncé «arrivera sur le terrain rapidement».

Lucien AlbertL'aide internationale est pour le spécialiste des fièvres hémorragiques nécessaire pour maîtriser l'épidémie. Au cours de sa conférence, il a d'ailleurs souligné le soutien indéfectible de l'Unité de santé internationale de l'UdeM, avec qui il entretient des liens étroits depuis 25 ans. Il souhaite que l'USI puisse de nouveau appuyer le renforcement du système de santé guinéen. Le directeur de l'USI, Lucien Albert, a fait la connaissance du Dr Kondé en 1989, alors qu'il effectuait une mission d'appui à la restructuration du ministère de la Santé de ce pays et à l'élaboration d'une politique de ressources humaines pour le compte de la Banque mondiale. Par la suite, les deux hommes ont participé pendant une quinzaine d'années à un projet de lutte contre le sida en Guinée. M. Albert est l'un des membres fondateurs du centre de formation et de recherche du Dr Kondé. L'USI est également l'instigatrice de plusieurs entretiens avec divers spécialistes et chercheurs à l'occasion de la visite du médecin à Montréal.

Dominique Nancy