Jacques Brisson construit des marais en Chine

  • Forum
  • Le 27 octobre 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Jacques BrissonLe botaniste Jacques Brisson, professeur au Département de sciences biologiques de l'Université de Montréal, est actuellement en Chine afin de mettre en place un projet de recherche avec le Jardin botanique de Chenshan (à Shanghai) sur les marais filtrants artificiels.

 

«Je disposerai d'une soixantaine de bassins de 16 mètres cubes et d'une rivière polluée à souhait. Le rêve pour un chercheur», lance-t-il au cours d'un entretien avec Forum quelques jours avant de partir à l'autre bout du monde.

Le hasard a voulu que M. Brisson ait prévu depuis longtemps un séjour dans la plus grande ville de l'empire du Milieu afin de participer au congrès de l'association des spécialistes chinois des marais filtrants qui se tient ce mois-ci, lorsque son collègue Gilles Vincent, ancien directeur du Jardin botanique de Montréal nouvellement en poste à Shanghai, l'a invité à lancer un projet de recherche avec son équipe. Le cofondateur de la Société québécoise de phytotechnologie a accepté sans hésiter, d'autant plus qu'il aurait une main-d'œuvre et un budget pour la réalisation des travaux. Le botaniste Michel Labrecque, du Jardin botanique de Montréal, rattaché à l'Institut de recherche en biologie végétale, est un autre collaborateur invité.

Comme Jacques Brisson l'explique dans un article écrit avec son étudiant au doctorat Vincent Gagnon (diplômé depuis), les marais filtrants sont des écosystèmes créés par l'homme pour épurer des eaux usées de différentes provenances. Effluents municipaux, industriels et agricoles peuvent être assainis par leur action inspirée de la nature. Ces «écosystèmes naturellement adaptés à la transformation et au recyclage de la matière» mettent à profit les interactions entre les plantes, les microorganismes et le sol. De plus en plus en vogue, particulièrement dans des zones où les budgets d'infrastructure sont modestes, les marais filtrants ne coûtent presque rien une fois aménagés.

Effort international

Mais cette technologie est encore à parfaire. Comment trouver les meilleures combinaisons organiques dans les bassins d'épuration? C'est plus compliqué qu'il y paraît, car on doit mesurer avec précision les eaux usées avant et après le traitement, le temps de passage des polluants dans le marais et leur captation par les végétaux. L'observation des transformations chimiques et biologiques en milieu contrôlé devient essentielle. Un des objectifs de Jacques Brisson est de préciser s'il vaut mieux privilégier plusieurs individus d'une seule espèce dans les bassins ou plutôt une variété de plantes dont les interactions auront un effet dépolluant plus rapide et plus efficace.

Présentement, des chercheurs de tous les coins du monde s'intéressent à la question. «On ne peut pas dire qu'un pays ou l'autre est chef de file en matière de marais filtrants, comme en témoigne l'origine cosmopolite des congressistes dans les réunions internationales», note M. Brisson.

Le Canada, particulièrement bien représenté par l'Université de Montréal, est dans la course. La Fondation canadienne pour l'innovation vient d'accorder à l'Institut de recherche en biologie végétale une subvention de 600 000 $ pour la construction d'une serre consacrée à la phytotechnologie, et une chaire verra bientôt le jour.

En plus d'offrir une solution durable à l'épuration des eaux, les marais artificiels ont un avantage indéniable sur les moyens industriels de dépollution : ils sont beaux. Ce sont assurément les usines les plus vertes qu'on puisse imaginer.

Mathieu-Robert Sauvé