Intégrer les technologies en enseignement : du télévoteur à Facebook

Illustration : Benoît Gougeon.Dans les ateliers qu'il anime depuis 1999 et à l'occasion de consultations individuelles, André Laflamme reçoit de plus en plus de demandes d'aide liées aux tâches d'enseignement soutenues par les technologies de l'information et de la communication (TIC), par exemple pour enseigner à des grands groupes, organiser des laboratoires virtuels ou encore mettre en commun des contenus.

 

«L'introduction des TIC va dans la majorité des cas demander à l'enseignant de repenser les éléments de son cours, dit le conseiller pédagogique des Services de soutien à l'enseignement de l'Université de Montréal. On est là pour le soutenir dans sa réflexion. Veut-il accroître l'interaction en classe, susciter la collaboration entre les étudiants ou simplement avoir accès à un environnement sécurisé où déposer des documents?»

L'intégration des TIC et des réseaux sociaux doit avoir pour but d'offrir aux étudiants une expérience plus riche.

Une analyse des besoins permet de cibler les bons outils. Prenons le télévoteur. Avec cet appareil, le professeur peut faire une mise en situation et demander l'avis des étudiants pour ensuite discuter des résultats obtenus. Cet instrument sonde en temps réel les connaissances et opinions des étudiants grâce à un dispositif électronique branché sur l'ordinateur du professeur. Celui-ci peut ainsi vérifier si ce qu'il a enseigné a bien été compris et, si nécessaire, clarifier le tout.

Selon M. Laflamme, «le choix des outils pédagogiques doit se faire en fonction des objectifs du cours et des connaissances à transmettre» et non pour répondre à un goût particulier à l'égard de la technologie.

L'engouement pour Facebook, YouTube, Myspace, Wikipédia et Twitter laisse peut-être croire qu'ils vont transformer la manière d'apprendre. Mais les outils du Web 2.0 ne sont pas autant employés en enseignement qu'on pourrait le croire. «Pourquoi? La raison est fort simple, répond André Laflamme. Tous ces outils se trouvent dans des environnements qu'on ne contrôle pas et dont on ne connaît pas la durée de vie. Les enseignants qui y ont recours sont dépendants des entreprises qui les gèrent. En cas de panne, ils n'ont nulle part où appeler pour obtenir de l'aide», explique-t-il.

C'est là l'une des raisons pour laquelle l'UdeM privilégie l'usage d'environnements numériques d'apprentissage comme Moodle (nom commercial de StudiUM), les cartes conceptuelles et le portfolio MAHARA, dont la fiabilité et la stabilité des services, hébergés localement, sont assurées par la Direction générale des technologies de l'information et de la communication de l'Université.

À son avis, il est par ailleurs très délicat de devenir l'ami Facebook de ses étudiants. Mais cela ne signifie pas que les médias sociaux sont inutiles en contexte éducatif. Certains les considèrent même d'un grand intérêt. Ils faciliteraient notamment la communication avec les étudiants, puisqu'il s'agit de technologies avec lesquelles ils sont familiarisés.

«Comme toute nouvelle méthode pédagogique qu'un enseignant adopte, il est important d'aborder les TIC et les médias sociaux avec ouverture et distance critique et de bien se préparer avant d'y recourir», prévient le conseiller, aussi chargé de cours à la Faculté des études supérieures et postdoctorales. Il rappelle que la principale condition à leur intégration est la volonté de l'enseignant d'offrir aux étudiants une expérience plus riche. «L'idée n'est pas de fournir plus de contenus ou d'intégrer tous les outils technologiques, mais plutôt de les avoir à notre disposition pour rendre les étudiants davantage autonomes quant à leur apprentissage.»

Dominique Nancy