Roger Guillemin rend hommage à un «étonnant génie scientifique»

  • Forum
  • Le 10 novembre 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Roger Guillemin«Au professeur Hans Selye, à qui je dois ma formation en médecine expérimentale, je présente ce travail qui eût été impossible sans son affectueuse confiance et la proximité de son étonnant génie scientifique.»

 

Ce sont les mots qu'on lit en ouvrant la thèse de Roger Guillemin  déposée à l'Université de Montréal le 20 novembre 1952 et intitulée Hypertension expérimentale par la désoxycorticostérone. «Je me souviens des grands escaliers qu'il fallait gravir pour accéder au pavillon de l'Université, dont la construction n'était pas encore terminée. J'ai vécu là des années inoubliables», commente le Dr Guillemin au cours d'un entretien téléphonique exclusif pour Forum de La Jolla, en banlieue de San Diego.

C'est en 1948 que Roger Guillemin, jeune diplômé en médecine de l'Université de Lyon, se rend à une série de conférences donnée par Hans Selye à Paris. «Les présentations sur le stress qu'il fait sont remarquablement limpides et les sujets traités m'inspirent énormément, relate le médecin à la retraite. C'est, de plus, la première fois que je vois des diapositives en couleurs. Dès notre première conversation, il m'offre une place dans son laboratoire de Montréal.»

Né à Dijon, en France, le professeur Guillemin est fait prisonnier durant la Deuxième Guerre mondiale. Après la Libération, il devient médecin puis traverse l'Atlantique pour entamer sa carrière en recherche. Il obtient la nationalité américaine en 1965 et est nobélisé 12 ans plus tard.Après avoir emprunté de l'argent pour payer le voyage outre-Atlantique, Roger Guillemin s'initie à la médecine expérimentale sous la férule de l'inventeur du stress. Il ne quittera Montréal qu'en 1953, à la faveur d'une bourse qui lui ouvre les portes des États-Unis. Ses travaux au Bayor College of Medicine de Houston puis à San Diego lui vaudront, en 1977, le prix Nobel de médecine (partagé avec Andrew Schally et Rosalyn Yalow). «Le Dr Selye m'a envoyé une lettre de félicitations très affable à cette occasion», se remémore M. Guillemin, qui a également reçu un doctorat honoris causa de l'Université de Sherbrooke en 1997 et un honneur similaire à l'UdeM en 1979.

Traitement expérimental

En plus de diriger ses travaux de laboratoire, l'endocrinologue d'origine austro-hongroise aura eu une importance capitale dans la vie de son doctorant, puisque Roger Guillemin a été l'un des premiers patients au Canada traité à la streptomycine, un remède expérimental qu'Hans Selye s'était procuré en tirant quelques ficelles. «La tuberculose faisait des ravages à l'époque et j'ai été atteint d'une méningite tuberculeuse. C'était alors une maladie mortelle.»

Il attribue sa survie aux antibiotiques obtenus par son professeur et remis à l'équipe soignante. «J'ai été si bien traité à l'hôpital Notre-Dame de Montréal que j'ai épousé l'infirmière», dit en riant l'homme de science âgé de 90 ans. Sa femme, Lucienne, avec qui il est marié depuis 61 ans, lui a donné six enfants. Ils résident aux États-Unis, «mais parlent tous le français».

Hans Selye était un chef de laboratoire dynamique et inspirant. «Tous les matins, il rassemblait son équipe autour de la table et faisait un rapport sur l'avancement des travaux. C'était un homme consacré entièrement à la recherche.»

Comme directeur de thèse, il s'est toutefois montré austère et peu démonstratif. Sur le plan scientifique, les chemins des deux hommes se sont séparés après la remise des diplômes. «Quand je suis parti de Montréal, nous avions des orientations scientifiques différentes.»

Bien qu'officiellement à la retraite depuis 1994, le professeur Guillemin est toujours actif au sein de l'Institut Salk pour les études biologiques, qui emploie 980 chercheurs en Californie. Ce prestigieux centre de recherche a été fondé en 1960 par le biologiste Jonas Salk et d'autres chercheurs, dont l'un des découvreurs de la structure de l'ADN, Francis Crick.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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