Un supplément naturel soulagerait l'arthrose canine

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  • Le 10 novembre 2014

  • Martin LaSalle

Un plateau capte les forces que chacune des pattes de l'animal exerce sur le sol, permettant de mesurer s'il y a ou non amélioration de l'état des articulations. (Photo: Marco Langlois)L'être humain n'est pas le seul à souffrir d'arthrose en vieillissant : il est fréquent que son meilleur ami quadrupède soit aussi atteint de cette maladie qui s'attaque aux articulations.

 

Tant pour le chien que pour l'humain, aucun remède ne permet d'en guérir, mais un produit à base de plantes médicinales et de nutraceutiques est efficace pour en atténuer les symptômes chez Fido, sans effet indésirable.

C'est ce qu'a démontré Éric Troncy, professeur à la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal, et son équipe de chercheurs grâce à la participation de 32 chiens (et de leurs maîtres respectifs!) âgés d'environ six ans, pesant tous plus de 20 kilos et ayant reçu un diagnostic d'arthrose à la suite de radiographies et d'examens orthopédiques.

Les résultats de cette étude ont été publiés récemment dans le journal Research in Veterinary Science.

L'acupuncture et la physiothérapie avec stimulation électrique sont deux traitements qui ont déjà été testés positivement sur des chiens souffrant d'arthrose, «mais trop peu d'études ont été menées pour évaluer une approche phytothérapeutique», soutient M. Troncy pour expliquer sa démarche scientifique.

Avec son équipe, il s'est donc appliqué à trouver des combinaisons de plantes susceptibles de réduire les symptômes de la maladie : il a scruté des études réalisées sur des rongeurs et a consulté d'autres chercheurs du domaine phytothérapeutique, dont le professeur Pierre Haddad, du Département de pharmacologie de l'UdeM.

Éric Troncy

Deux produits testés

À la suite de ces recherches, M. Troncy a choisi d'évaluer deux formules non commercialisées.

La première – composée notamment de curcuma, de griffe du diable, de cassis, d'encens indien (Salai), d'écorce de saule, de bromélaïne d'ananas et de camomille – visait à réduire l'inflammation causée par l'arthrose. La seconde comprenait les mêmes ingrédients auxquels on avait ajouté des nutraceutiques tels des oméga-3, de la chondroïtine et de la glutamine, et visait la régénération des articulations.

La moitié des chiens a reçu la première combinaison pendant quatre semaines, puis la deuxième durant les quatre semaines suivantes. Un placébo a été donné aux autres chiens.

Mesure de l'amélioration de l'état des chiens

Éric Troncy a utilisé trois méthodes pour vérifier si la prise de ces deux produits était associée à une amélioration de l'état des chiens.

La première, qui consiste à faire trotter le chien sur un plateau semblable à une balance, capte les forces que chacune des pattes de l'animal exerce sur le sol en se déplaçant à une vitesse constante. L'analyse cinétique de la démarche, appuyée par plusieurs essais, a été faite avant le début du traitement, puis à des étapes ultérieures.

Dès la quatrième semaine, une amélioration était perceptible. «Et, après huit semaines, 35,8 % des chiens qui avaient reçu un placébo ont vu leur état se détériorer, comparativement à aucun chez ceux ayant reçu les suppléments alimentaires, indique Maxim Moreau, doctorant finissant ayant conduit l'étude. Mieux encore, le groupe traité a connu une amélioration moyenne de son état équivalant à un kilo de force additionnelle exercée par le membre le plus atteint d'arthrose, ce qui est énorme.»

Et cette amélioration de la démarche s'est transposée dans le quotidien des chiens, laquelle a été mesurée grâce à une puce télémétrique intégrée à leur collier et agissant un peu comme un podomètre.

«Dans certains cas, on a filmé les chiens en continu pour distinguer les signaux qui ne découlaient pas d'une activité physique mais d'un mouvement, comme se gratter ou lever la patte», poursuit M. Troncy.

Résultat : les chiens traités avec les suppléments alimentaires ont maintenu leur activité physique quotidienne, la moyenne du groupe passant de plus de six heures d'activité par jour à quelque huit heures après huit semaines, tandis qu'à l'inverse ceux ayant reçu le placébo ont vu leur invalidité s'accroître.

Enfin, la troisième mesure con sistait à demander aux maîtres d'évaluer l'amélioration des capacités de leur animal de compagnie. «C'est une valeur plus subjective et les résultats étaient mitigés quand on comparait les deux groupes de chiens, interprète le chercheur. On soupçonne que le maître peut avoir oublié comment se comportait l'animal avant de souffrir d'arthrose.»

Des résultats prometteurs... pour l'humain?

Les produits testés sur ces chiens pourraient-ils s'avérer efficaces chez les humains atteints d'arthrose?

«Le modèle d'évaluation que nous avons établi est le plus prédictif de l'efficacité des produits anti-arthrosiques, tel que le montre une méta-analyse de Maxim Moreau publiée en 2013 en collaboration avec l'Unité de recherche en arthrose du Centre de recherche du CHUM, conclut Éric Troncy. On peut ainsi penser qu'en effectuant des essais cliniques il y aurait de bonnes chances d'obtenir des résultats positifs chez l'humain.»

Martin LaSalle