Coûts publics des soins de santé : les défis du vieillissement démographique

Parce qu'elles sont synonymes de coûts de santé plus élevés chez les ainés, la comorbidité et certains types particuliers d'incapacités, notamment celles liées à la cognition, devraient faire l'objet d'une attention particulière.

 

C'est ce que préconisent Michaël Boissonneault et Jacques Légaré, du Département de démographie de l'Université de Montréal, dans une récente étude s'intéressant aux déterminants individuels associés à la variation des coûts publics des soins de santé chez les Québécois de 65 ans et plus, vivant en ménage privé, et présentant des incapacités. La comorbidité se définie comme la présence de plusieurs incapacités. « Les dépenses en soins de santé accaparent une part grandissante des budgets des pays économiquement développés. Alors que les innovations technologiques ont été identifiées comme principal moteur de l'augmentation de ces coûts dans les dernières décennies, le vieillissement démographique pourrait y contribuer de plus en plus dans les années à venir. Il importe donc de comprendre les caractéristiques individuelles liées à des coûts des soins de santé élevés », explique Jacques Légaré.

Afin d'explorer le lien entre état de santé et niveau des coûts, l'équipe de chercheurs a travaillé à partir d'une base de données originale reliant l'information de l'Enquête québécoise sur les limitations d'activités réalisée en 1998 par l'Institut de la statistique du Québec, dernière enquête disponible sur le sujet, aux données administratives de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ). À partir de ces données, ils se sont demandé si les individus âgés présentant des incapacités se distinguaient en termes des coûts des soins de santé, selon le nombre et le type d'incapacités dont ils souffrent. Les coûts des soins de santé correspondent, dans cette étude, aux coûts liés à la consultation de professionnels de la santé et à la consommation de produits pharmaceutiques.

Les chercheurs ont constaté que les coûts reliés à l'utilisation des soins de santé augmentent selon le nombre d'incapacités. « Les coûts reliés à la consultation de professionnels de la santé et à la consommation de produits pharmaceutiques sont environ deux fois plus élevés chez les personnes souffrant de deux incapacités que chez celles souffrant d'une seule incapacité. Ces coûts sont encore légèrement plus élevés lorsque les personnes souffrent de trois incapacités ou plus » affirme Michaël Boissonneault.

Ils soulignent également que certains types d'incapacités sont associés à des coûts plus élevés que d'autres. C'est le cas des incapacités liées à l'agilité, à la mobilité et à la cognition. « Les personnes souffrant d'incapacités liées à l'agilité, à la mobilité et à la cognition sont plus susceptibles de souffrir simultanément d'autres incapacités, ce qui contribue à augmenter les coûts des soins de santé, explique monsieur Boissonneault. Cela est particulièrement vrai pour les incapacités liées à la cognition, responsables de coûts plus élevés qui s'expliquent par la consommation de produits pharmaceutiques ».

Cette étude, l'une des rares du genre à porter sur la population québécoise, est importante en ce qu'elle indique que la population présentant une mauvaise santé n'est pas homogène face aux coûts des soins de santé, et que la prévention pourrait s'avérer bénéfique même chez les personnes présentant une santé détériorée. « Nous devons prêter une attention particulière à la comorbidité ainsi qu'à l'évolution de la prévalence des incapacités liées à la cognition afin de contenir les coûts de santé dans le contexte de vieillissement démographique. Ce dernier type d'incapacité peut en effet révéler la présence de pathologies telle que la maladie d'Alzheimer, laquelle est appelée à connaître une forte croissance dans les décennies à venir », prévient Jacques Légaré.

À propos de cette étude :
Michaël Boissonneault a publié, en octobre 2014, le dossier de recherche no22 De nouvelles pistes sur le vieillissement démographique et les coûts des soins de santé au Québec, sur le réseau stratégique de connaissances Changements de populations et parcours de vie, localisé à l'Université de Western Ontario. Cette étude a été réalisée par Michaël Boissonneault et Jacques Légaré, affiliés au Département de démographie de l'Université de Montréal, en collaboration avec Yann Décarie, doctorant à l'Institut national de la recherche scientifique.

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