Sept ans au Vietnam

  • Forum
  • Le 17 novembre 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

La salubrité des poulaillers visités par les coopérants s'est beaucoup améliorée.

Au terme de sept ans de travail, Sylvain Quessy trace un bilan positif de son projet d'aide humanitaire au Vietnam visant à instaurer de bonnes pratiques de production en matière de salubrité des aliments. «C'est un succès à plusieurs égards», lance le professeur de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal qui a dirigé une équipe composée de 25 chercheurs, professionnels et étudiants et de partenaires canadiens.

 

Amélioration de la salubrité des aliments, diminution de l'usage de pesticides dans les cultures, augmentation des revenus des agriculteurs et regroupements d'entreprises agricoles dans des coopératives : voilà les secteurs où l'intervention de la délégation canadienne a eu un effet mesurable. «Les évaluateurs considèrent qu'avec ce projet pilote nous avons atteint les plus hauts critères de performance. En particulier, l'aide apportée sur le plan de la salubrité des aliments s'est avérée remarquable», peut-on lire dans le rapport d'une firme externe d'évaluation.

Lancé en 2006 à la faveur d'une subvention de 16 M$ de l'Agence canadienne de développement international (voir Forum du 10 avril 2007), le projet consistait à élaborer et valider des normes et bonnes pratiques sanitaires et à former des spécialistes qui exerceront sur place, de façon permanente, une influence positive sur les pratiques de production alimentaire.

Au cours du projet, trois laboratoires partenaires ont obtenu la plus haute note internationale au chapitre de la salubrité (ISO 17025) et les autres ont relevé significativement leur niveau de sécurité. Dans certains cas, toute la chaîne de production s'est trouvée modifiée.

«Il faut comprendre que nous sommes dans une culture très différente de celle à laquelle nous sommes habitués en Occident, dit le chercheur. Généralement, les animaux abattus le matin sont consommés dans la journée. Pour la clientèle, la chair encore chaude est un signe de qualité. Selon les normes internationales, la réfrigération de la viande doit être très rapide après l'abattage. Ce n'est là qu'un exemple.»

Une agriculture plus verte

Le travail de l'équipe canadienne a aussi eu une influence chez les cultivateurs, dont plusieurs avaient tendance à utiliser beaucoup trop de pesticides. «L'analyse sur le terrain a permis de constater que les agriculteurs pouvaient obtenir de bons résultats en diminuant significativement leur recours aux produits chimiques. Ils ont ainsi pu disposer d'une récolte plus écologique tout en réduisant leurs coûts.»

Bien accueillis par leurs hôtes, les chercheurs liés au projet ont dû retourner au Vietnam une à deux fois par année. L'équipe compte de nombreux collaborateurs vietnamiens qui ont assuré l'évolution des travaux à Hanoi. L'ensemble des interventions touchait 19 projets dans huit provinces.

Même s'il y a un monde entre les moyens de production du Vietnam et ceux de notre partie de l'hémisphère, certains transferts de connaissances se sont faits avec efficacité. Par exemple, les initiatives visant à regrouper des exploitants dans des coopératives se sont répandues comme un vent de mousson. De petits exploitants ont vu passer la superficie de leurs terres de 4 à 40 hectares après avoir procédé à de tels groupements.

Sous certains aspects, les techniques agricoles nord-américaines pouvaient être applicables, car les Vietnamiens font des cultures maraîchères semblables à celles qu'on trouve ici (tomate, chou). Pour les autres, plus exotiques (jacinthe d'eau, dragon food), il fallait adapter certaines règles. Même chose pour la viande.

Comment va le chien de la reine?

Le logo (un pouce levé sur une feuille stylisée) est visible dans les annonces publicitaires diffusées au Vietnam. Apposé sur les denrées alimentaires, il assure aux consommateurs que les produits sont sains.Peu importe où l'on se trouve, la chaîne d'alimentation, ce continuum entre le champ et l'assiette, gagne à être examinée par les spécialistes de la salubrité des aliments. Les partenaires ont conçu un logo de certification qu'ils ont fait reproduire sur l'emballage des produits. Ce logo montre un pouce levé dans un cercle vert où l'on distingue soit un fruit, une plante, un porc ou un poulet.

La barrière de la langue? Pas de problème. «Dès la première année du programme, nous avons expliqué nos intentions en recourant à des interprètes et à des pictogrammes jusque dans les champs. Les résultats ne se sont pas fait attendre», mentionne le Dr Quessy. Lui-même a appris quelques rudiments de vietnamien. Mais il se défend bien d'être un locuteur maîtrisant la langue. Dans un restaurant, en voulant commander une soupe dans la langue locale, il a prononcé une phrase signifiant plutôt «Comment va le chien de la reine?»

Blague à part, le Dr Quessy compte bien voir son programme être renouvelé pour encore quelques années. Mais il aimerait bien passer le flambeau à la relève afin de revenir à une vie plus centrée sur les activités de recherche.

Mathieu-Robert Sauvé