Les émotions influencent la perception de la douleur

  • Forum
  • Le 24 novembre 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Les émotions, le stress et les pensées négatives influencent notre perception de la douleur. «On a plus mal quand on craint la douleur», résume Pierre Rainville, l'un des spécialistes canadiens de la recherche sur ce sujet.

 

Depuis le début de ses travaux de doctorat en 1992, le professeur de la Faculté de médecine dentaire de l'Université de Montréal étudie la douleur en laboratoire. Il a conçu une méthodologie lui permettant d'analyser l'interprétation de la douleur dans des conditions contrôlées. «Pour étudier la perception de la douleur, les modèles animaux ne sont pas utiles. Les sujets humains plongent une main dans de l'eau chaude à une température qui n'endommage pas les tissus, mais qui est assez inconfortable pour stimuler les réseaux neuronaux en jeu dans la sensation de douleur. Tout cela est encadré par des balises éthiques très claires.»

Pierre RainvilleLa douleur n'est pas une vue de l'esprit, nuance-t-il. Elle est une information pertinente permettant d'assurer notre sécurité et de prévenir les blessures. Depuis quelques années, les techniques d'imagerie médicale permettent d'observer le cerveau en action, ce qui a propulsé les connaissances à un raffinement inégalé. Ainsi, on a pu confirmer que la relaxation, l'hypnose et la musicothérapie pouvaient diminuer l'intensité des maux. «Il y a un fort potentiel d'autorégulation dans notre cerveau. Encore faut-il le maîtriser», commente-t-il.

Dans la revue Pain, en 2010, les résultats d'une recherche auprès d'adeptes de la méditation zen ont montré que celle-ci apaisait la douleur. «Les individus qui la pratiquent ressentent bel et bien les sensations douloureuses, mais ils abrègent le processus en s'empêchant d'interpréter ou d'étiqueter les différents stimulus comme douloureux», expliquait-il alors.

Mathieu Roy, l'un des anciens chercheurs de son équipe (aujourd'hui professeur à l'Université Concordia), a noté que le seul fait de se concentrer sur une image positive au moment de recevoir une injection rendait la sensation de piqûre moins aiguë. Les 13 sujets de sa recherche avaient subi des chocs électriques désagréables en regardant des images agréables (des personnes s'adonnant à des sports nautiques), déplaisantes (un ours menaçant) ou neutres (un livre). Leur perception variait en conséquence.

La médecine moderne a appris à circonscrire la douleur par des moyens pharmaceutiques, ce qui est une bonne chose pour le traitement des maux chroniques. Toutefois, il ne faut pas masquer toutes les douleurs, car ce sont elles qui incitent à consulter un professionnel de la santé. «Il ne faut pas bloquer des signaux majeurs d'un dysfonctionnement», conclut Pierre Rainville.

Mathieu-Robert Sauvé


 

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