Les expériences relationnelles en ligne facilitent le «coming out» des jeunes gais

  • Forum
  • Le 24 novembre 2014

  • Martin LaSalle

Les expériences vécues en ligne et à l’extérieur des réseaux sociaux ne sont pas deux mondes parallèles ou séparés, elles sont interreliées.

Les expériences relationnelles en ligne que vivent les gais à l'adolescence n'ont pas moins de valeur que les liens qu'ils tissent dans la vie réelle avec les autres, dans leur préparation en vue d'effectuer leur «sortie du placard» ou coming out.

 

Les expériences vécues en ligne et à l’extérieur des réseaux sociaux ne sont pas deux mondes parallèles ou séparés, elles sont interreliées.Les expériences relationnelles en ligne que vivent les gais à l'adolescence n'ont pas moins de valeur que les liens qu'ils tissent dans la vie réelle avec les autres, dans leur préparation en vue d'effectuer leur «sortie du placard» ou coming out.

En fait, les relations qu'établissent les jeunes lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres à travers Internet et les médias sociaux représentent de véritables pratiques d'apprentissage et de socialisation. Et tant les adultes que les décideurs publics auraient tort de dévaloriser ou de minimiser ces expériences, qui contribuent à aider ces jeunes à mieux s'émanciper.

C'est là le principal message qui se dégage des travaux de maîtrise de Roberto Ortiz réalisés sous la direction de Dominique Meunier, professeure au Département de communication de l'Université de Montréal.

M. Ortiz a mené des entrevues rétrospectives avec de jeunes adultes relativement à la découverte de leur homosexualité à l'adolescence et au parcours ayant conduit à l'annonce de leur orientation sexuelle à leur entourage. Il a d'ailleurs présenté ses résultats aux côtés de Mme Meunier à l'occasion d'un colloque tenu en avril dernier à Lyon et organisé par le regroupement français Jeunes et médias.

Internet, outil d'émancipation

Roberto Ortiz a constaté qu'il n'y a pas une, mais bien des sorties du placard. En d'autres termes, chaque jeune adulte qu'il a interviewé avait fait son coming out dans des circonstances qui lui étaient propres.

En revanche, tous se sont tournés vers Internet lorsqu'ils ont commencé à se sentir différents des jeunes de leur milieu, notamment en consultant des sites ou des forums spécialisés, tel le site princerebel.com ou encore des sites de messagerie instantanée.

«Ils ont ainsi pu entrer en contact, de façon anonyme ou pas, avec des jeunes confrontés à une situation analogue à la leur et explorer leurs désirs sexuels et sentimentaux sans craindre de se sentir jugés ou rejetés, explique M. Ortiz. Ces lieux d'échange en ligne ont été les terrains d'essai qui leur ont permis de s'outiller, de s'armer pour enclencher le processus d'affirmation de leur identité sexuelle.

Roberto Ortiz«Pour les jeunes gais, ajoute-t-il, Internet répond à un besoin de résister aux normes sociales, de s'affirmer et de développer une certaine résilience face à ceux qui ne les acceptent pas ou qui les dénigrent.»

On s'en doute, l'intimidation – tout comme les invitations plus ou moins désirées à avoir une relation sexuelle –, s'immiscent parfois dans les échanges en ligne.

«Mais, en dépit de certains risques, ces jeunes n'étaient pas complètement démunis. Ils n'étaient pas non plus des victimes, insiste Roberto Ortiz. Ils étaient capables de montrer du jugement tout comme dans leur vie en dehors d'Internet.»

En somme, les expériences vécues en ligne et à l'extérieur des réseaux sociaux ne sont pas deux mondes parallèles ou séparés : les émotions qui en découlent sont interreliées et les deux univers ont une valeur également importante dans l'organisation d'une stratégie, plus ou moins consciente, visant à annoncer son orientation sexuelle à ses proches, selon le diplômé de l'UdeM.

À cet égard, le passage à l'école secondaire constitue «un temps et un espace de référence très marquant pour les jeunes qui découvrent leur homosexualité. Pour certains, c'est une extension des expériences qu'ils vivent en ligne et, pour d'autres, c'est un lieu où ils nouent – ou non – des liens d'appartenance», mentionne-t-il.

Accueillir sa différence

Au départ, Roberto Ortiz supposait que c'est le besoin d'affirmation qui influe sur la démarche menant au dévoilement de l'orientation sexuelle des jeunes hommes qu'il a interrogés. «Or, c'est plutôt le sentiment de se sentir différent qui semble en avoir été le moteur», indique-t-il.

Ce sentiment s'apparente à un accueil de sa propre différence, ce qui diffère de l'acceptation de sa différence. «L'acceptation peut être vue comme une forme de dépit, tandis que l'accueil peut entraîner une certaine fierté d'être différent, une vision autre de ce que peut être la normalité», expose celui qui travaille maintenant au sein de l'organisme RÉZO en santé auprès des hommes gais et bisexuels.

C'est pourquoi M. Ortiz recommande aux parents et aux enseignants d'être plus réceptifs à l'accueil de cette différence à la maison ou à l'école. «Car, si l'intimidation s'immisce parfois dans les échanges en ligne, celle qui émane des expériences hors réseau est encore plus marquante et blessante pour les adolescents gais.»

«Une des forces du mémoire de M. Ortiz est de soulever la question du rôle que l'école joue ou pourrait jouer, entre autres au secondaire, dans cet accueil, conclut la professeure Meunier. Son travail permet en outre de s'interroger sur les frontières trop souvent prises pour acquises de ce qui fait partie de la norme ou non, de ce qui peut se dire ou se faire en ligne et hors réseau.»

Martin LaSalle