Plus on grimace, plus ça fait mal!

  • Forum
  • Le 24 novembre 2014

  • Dominique Nancy

Les personnes dont l'expression faciale de la douleur est plus intense ne tombent pas dans l'exagération si l'on contrôle leur perception sensorielle d'une stimulation douloureuse.

 

C'est ce que Miriam Kunz a constaté au cours d'une expérience menée auprès de 20 femmes et 20 hommes âgés de 18 à 30 ans chez qui elle a causé une douleur à l'aide d'un dispositif émettant une chaleur à des degrés variables sur l'une de leurs jambes. Pendant ce test, la chercheuse, qui avait demandé aux sujets d'appuyer sur un bouton lorsque la chaleur deviendrait «modérément douloureuse», a filmé leurs réactions au moyen d'une caméra vidéo.

«C'est clair, dit Miriam Kunz, qui a fait un postdoctorat à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal et au Département de stomatologie de la Faculté de médecine dentaire de l'Université de Montréal. Les individus qui réagissent habituellement par des expressions faciales éloquentes ressentent effectivement plus de douleur si l'on se fie à des mesures verbales quantitatives indépendantes de l'expérience de la douleur.» En outre, leur tolérance à la douleur est moindre, comme le confirment les tests de sensibilité thermique de la chercheuse. «Tous les sujets dont l'expression faciale de la douleur est intense ont estimé que la sensation était “modérément douloureuse” entre 45 et 47 ºC alors que, pour les autres, elle l'était à une intensité plus élevée.»

De l'avis de la psychologue, il est faux de croire que ces personnes exagèrent et dramatisent leurs malaises, puisqu'elles ne manifestent pas d'expressions faciales «stéréotypées» en tout temps. Moins aptes à mettre leur douleur en contexte, ces individus éprouveraient aussi plus de difficulté à s'en détacher. Mais, s'ils font davantage de grimaces, c'est qu'ils ont probablement plus mal, selon Miriam Kunz. «Ces hommes et ces femmes semblent avoir une plus grande sensibilité à la douleur», indique la chercheuse. Les résultats de sa recherche, qui fait partie d'une étude plus vaste sur la relation entre l'expression faciale et les circuits neuronaux de la douleur, ont été publiés dans la revue scientifique Pain.

Outre Mme Kunz, un autre chercheur de l'UdeM, le professeur Pierre Rainville, du Département de stomatologie, a signé l'article.

Dominique Nancy

 

La douleur de Darwin

La célèbre image de Darwin du rictus de la souffrance – le front plissé, les yeux révulsés et les dents serrées – est une version extrême de l'expression de la douleur. Les enregistrements vidéos obtenus par la chercheuse Miriam Kunz mettent «objectivement» en évidence que la réponse à une douleur s'exprime ordinairement par une contraction de quatre groupes musculaires du visage : les sourcils s'abaissent en forme de V; le nez se plisse; la lèvre supérieure se retrousse; et, le plus révélateur, les yeux rapetissent et parfois se ferment.


 

Dossier
La Douleur

Lire les articles