«Je suis maintenant fier d'être Asperger»

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  • Le 1 décembre 2014

  • Martin LaSalle

Robert LeblancRobert Leblanc revient de loin. Dans la vingtaine, il a reçu un diagnostic erroné de schizophrénie. S'en sont suivies 20 longues années qui ont été difficiles sur les plans psychologique et familial, jusqu'à ce qu'il consulte le Dr Laurent Mottron, à l'âge de 44 ans.

 

Celui-ci a plutôt diagnostiqué un syndrome d'Asperger, ce qui allait permettre à M. Leblanc de s'approprier enfin sa vie.

Il lui a fallu un peu de temps pour accepter ce diagnostic il y a six ans. Mais aujourd'hui, Robert Leblanc se dit pleinement heureux d'être Asperger et c'est avec enthousiasme qu'il entamera, en janvier, une maîtrise en sociologie.

«Ma vie a été très difficile jusqu'au diagnostic du Dr Mottron, raconte Robert Leblanc, qui est marié et père de deux adolescentes. J'ai vécu 44 ans dans l'ignorance des causes de ma différence et de ma souffrance.»

Grâce au diagnostic de syndrome d'Asperger, il a pu entreprendre des thérapies et avoir un suivi médical appropriés. Depuis, il n'a cessé de prendre du mieux.

Du baccalauréat à la maîtrise

Tellement qu'il a effectué un retour en classe il y a quatre ans. À l'issue de la présente session d'automne, il aura terminé son baccalauréat bidisciplinaire en psychologie et sociologie de l'UdeM. Et en janvier, il amorcera des travaux de maîtrise au Département de sociologie, où il souhaite explorer le rôle que peut jouer la reconnaissance du langage non verbal chez les autistes dans leur apprentissage des émotions.

«L'apprentissage des émotions n'est inné pour personne, car c'est la rétroaction qui façonne la reconnaissance des émotions, explique-t-il. Mais les autistes captent peu ou ne captent pas cette rétroaction et je souhaite contribuer à les aider.»

Comment cette nouvelle vie d'étudiant a-t-elle pris forme?

«Au début, j'ai eu besoin de ma psychologue pour effectuer mon choix de cours tellement je souffrais d'anxiété, qui est le problème le plus important à surmonter quand on est Asperger», relate l'étudiant maintenant âgé de 51 ans.

À sa première année à l'Université, Robert Leblanc s'est aussi prévalu des accommodements relatifs à sa condition, comme disposer de 4,5 heures pour faire un examen ou bénéficier d'un peu plus de temps pour rédiger un travail de session.

«Par la suite, par orgueil, je me suis dit que je n'en avais plus besoin et ça s'est bien passé. Et les professeurs sont toujours bien attentionnés quand ils connaissent ma situation», indique-t-il.

Aujourd'hui, Robert Leblanc se sent comme chez lui à l'UdeM.

«S'il y a un endroit où tous les efforts sont déployés pour accueillir les autistes et les Asperger, c'est bien à l'Université de Montréal, insiste-t-il. J'ai eu de la misère dans la vie et à présent je m'identifie aux professeurs et aux personnes très ouvertes que j'y ai rencontrées, notamment au service du Soutien aux étudiants en situation de handicap, qui offre un appui absolument merveilleux.  Aujourd'hui, je suis très fier d'être Asperger», conclut Robert Leblanc.

Martin LaSalle