La plasticité du cerveau est au cœur des recherches visant à mieux intervenir auprès des autistes

  • Forum
  • Le 1 décembre 2014

  • Martin LaSalle

La capacité à traiter certains types d'information de façon accrue, observée chez bon nombre d'autistes, résulterait d'un processus de plasticité du cerveau qui les mène à privilégier le contenu qui les intéresse au détriment des données à caractère social.

 

En fait, cette fonction surdéveloppée du cerveau des autistes serait en compétition avec les ressources cérébrales requises pour la socialisation, ralentissant le développement des relations sociales.

C'est la piste qui se dégage des plus récents travaux du Dr Laurent Mottron et de ses collègues, qui ont élaboré un tout nouveau modèle de compréhension du trouble du spectre de l'autisme (TSA) sur la base d'études antérieurement publiées en génétique, imagerie cérébrale et cognition de l'autisme.

Appelé «déclencheur-seuil-cible», le modèle créé par l'équipe multiuniversitaire qu'a constituée Laurent Mottron stipule que l'autisme résulterait d'une «réaction du cerveau à un facteur génétique, essentiellement des mutations. Chez les personnes dont le seuil de déclenchement d'une réaction plastique est moindre que dans la population en général, ces mutations engendreraient une réaction plastique du cerveau qui ciblerait certaines fonctions, surtout non sociales.»

Un parallèle avec les aveugles et les sourds

La plasticité cérébrale est la capacité du cerveau à s'adapter et à se remodeler dans certaines circonstances. C'est elle qui permet, par exemple, aux gens aveugles depuis la naissance de développer une ouïe plus aiguë.

Et, selon Laurent Mottron, les aptitudes supérieures de certaines personnes atteintes d'un TSA, dans les domaines du langage et de la perception, présentent des ressemblances frappantes avec celles des individus privés d'un sens depuis leur naissance.

En effet, les études en cognition et en imagerie cérébrale révèlent que les régions perceptives du cerveau des autistes ont une activité plus vive, des connexions plus nombreuses ainsi que des modifications structurales (cortex plus épais dans ces régions).

C'est donc la différence entre l'information ciblée par ces processus cérébraux et celle qui ne l'est pas qui expliquerait les forces et les faiblesses de chaque autiste.

«Les troubles de la parole et la mésadaptation sociale de certains jeunes enfants autistes ne sont peut-être pas le résultat d'un dysfonctionnement initial des mécanismes cérébraux liés à ces fonctions, mais plutôt d'une négligence précoce de ces domaines par l'enfant», avance le médecin et chercheur, qui est aussi professeur au Département de psychiatrie de l'UdeM.

Un modèle pour «axer les interventions en bas âge»

Selon M. Mottron, le nouveau modèle devrait permettre d'«axer les interventions en bas âge sur le développement des forces cognitives particulières de l'enfant, au lieu de les concentrer uniquement sur les comportements manquants, ce qui constitue d'ailleurs une pratique qui pourrait bien lui faire manquer une occasion unique dans sa vie».

Aussi estime-t-il que l'intervention précoce auprès des enfants autistes devrait s'inspirer des méthodes utilisées chez les enfants souffrant de surdité congénitale, dont les facultés linguistiques se trouvent grandement améliorées par la familiarisation rapide avec le langage des signes.

«Les traitements devraient se consacrer à cibler et à exploiter les forces de l'enfant autiste, comme le langage écrit», insiste-t-il.

En somme, en montrant que les champs d'intérêt restreints mais fouillés des autistes résultent des processus de plasticité cérébrale, ce modèle laisse penser que ces surfonctionnements ont une valeur adaptative et qu'ils devraient être au cœur des techniques d'intervention pour l'autisme.

Une équipe de chercheurs prolifiques

Laurent Mottron dirige une équipe de chercheurs chevronnés rattachés à quatre universités et réunis au sein du laboratoire des neurosciences cognitives des troubles envahissants du développement, dont les locaux sont situés à l'Hôpital Rivière-des-Prairies.

Ses collègues et lui ont publié plus de 100 études sur l'autisme. On leur attribue, entre autres, la découverte de la notion de surfonctionnements perceptifs, qui sert désormais d'élément de référence dans le domaine de la recherche sur l'autisme.

Les thèmes qui intéressent les chercheurs de ce laboratoire sont variés, allant de la mesure de différents composants de la perception visuelle et de la perception auditive (surtout ceux qui “surfonctionnent”) à l'imagerie par résonance magnétique pour déterminer comment le cerveau autistique s'est réorganisé de manière plastique. Ils étudient également la génétique (les rapports gènes-comportements et gènes-intelligence, notamment) et travaillent à cibler les champs d'intérêt particuliers durant la petite enfance afin d'améliorer les interventions thérapeutiques.

Aussi titulaire de la Chaire Marcel et Rolande Gosselin en neurosciences de la cognition autistique, Laurent Mottron essaie maintenant de transposer les résultats de toutes ces recherches fondamentales en interventions. «Nous souhaitons faire en sorte que les surfonctionnements perceptifs deviennent une voie par laquelle il sera possible de transmettre de l'information et des principes d'éducation aux enfants autistes», conclut-il.

Martin LaSalle