Les Américains ont voulu s'allier avec la Chine contre le Japon

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  • Le 1 décembre 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Tonglin LuDe retour de Washington, où elle a consulté des archives du gouvernement américain sur le rôle de certains diplomates durant la Deuxième Guerre mondiale, Tonglin Lu tente de faire la lumière sur la tentative visant à pousser la Chine à s'allier avec les États-Unis contre le Japon.

 

«La Chine a été très éprouvée par la guerre. On a dénombré plus de 37 millions de morts à la suite des combats avec le Japon. D'ailleurs, on parle là-bas de la guerre de 1937-1945, car elle a commencé deux ans plus tôt qu'en Europe.»

Mme Lu, professeure au Département de littérature comparée de l'Université de Montréal, était de passage dans la métropole pour quelques jours avant de repartir pour la Chine, où l'attend la suite de sa recherche. «Je suis en pleine sabbatique et je voyage beaucoup», dit-elle. L'accès aux annales du Parti communiste chinois risque d'être un peu plus laborieux, mais elle a bon espoir de découvrir des indices de cette improbable alliance.

En 1937, l'armée japonaise envahit l'est de la Chine, où l'on trouve la plus forte densité de population et les meilleures terres du pays. Pékin et Nankin seront prises l'année suivante. Les Japonais pensaient régler ce conflit rapidement, mais ils s'y enliseront pendant huit ans. On sait que des diplomates qui rapportaient leurs allées et venues au président Roosevelt voyageaient en territoire occupé. «Les efforts des diplomates pour conclure une alliance avec les Chinois sont encore mal connus, mais on peut penser que les Japonais ne voyaient pas ces démarches d'un très bon œil. Ils en avaient déjà plein les bras avec la Chine», commente Mme Lu.

De lourdes conséquences

Les insuccès des Américains en sol chinois pourraient bien avoir ouvert la voie à la guerre froide, qui marquera le reste du siècle entre les blocs communistes et capitalistes, estime Mme Lu.

Pour la spécialiste du cinéma et de la littérature chinoises, ce projet de recherche est une immersion un peu inhabituelle dans l'histoire de son pays. Reconnue pour ses travaux sur les études interculturelles, la théorie de la mondialisation et le féminisme, elle est plus habituée aux salles de cinéma et aux bibliothèques qu'aux bâtiments gouvernementaux. Mais elle croit que cette incursion se justifie. «Une chose est certaine : cette guerre a changé la culture chinoise de façon durable et profonde», lance-t-elle.

Après avoir obtenu un doctorat en littérature comparée à l'Université de Princeton, Mme Lu a entrepris des études postdoctorales à Harvard et Berkeley. Avant de s'installer à l'Université de Montréal en 2003, elle a enseigné la littérature et le cinéma à l'Université de l'Iowa. Elle publiera bientôt un ouvrage sur les relations entre la culture et la sociopolitique chinoise.

Mme Lu, qui a accompagné une délégation de l'Université de Montréal en Chine l'an dernier, se réjouit du fait qu'un nombre croissant d'étudiants québécois en sciences sociales, notamment en science politique, font des stages dans l'empire du Milieu. Elle est heureuse d'avoir assisté à la signature d'un protocole d'échanges entre l'UdeM et l'Université Jiao Tong de Shanghai. «Les missions économiques en Chine, c'est très important pour raffermir les liens entre nos pays», signalait-elle alors que le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, et le premier ministre du Canada, Stephen Harper, s'étaient succédé à Pékin avec leurs délégations.

Mathieu-Robert Sauvé