Les autistes perçoivent les visages différemment

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  • Le 1 décembre 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Baudouin Forgeot d'ArcCette personne a-t-elle l'air gentil? intelligent? têtu? Pour la plupart des gens, la perception des émotions sur un visage est évidente. C'est différent pour les personnes atteintes d'un trouble du spectre de l'autisme (TSA).

 

«Nous avons demandé à 71 sujets de nous dire, entre deux visages, lequel avait l'air le plus gentil. Pour les volontaires “normaux”, les réponses allaient dans le même sens. Pour les personnes souffrant d'un TSA, aucun consensus ne ressortait clairement», explique le psychiatre Baudouin Forgeot d'Arc, chercheur à l'Hôpital Rivière-des-Prairies et à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal.

L'étude franco-canadienne, à laquelle des chercheurs de l'Université de Montréal ont participé, a été publiée dans le plus récente numéro du Journal of Autism and Development Disorders. «L'évaluation du visage d'un individu est un processus rapide qui influence nos relations ultérieures avec lui. Nous basons notre jugement sur une simple observation. Pour les autistes, l'interprétation des traits du visage – regard, sourire, position des sourcils – est différente», dit le Dr Forgeot d'Arc, premier auteur de l'étude

Les chercheurs ont présenté 36 paires de photos et d'images de synthèse aux sujets de recherche. Afin d'évaluer leur jugement social, on leur a demandé d'indiquer parmi ces visages, émotionnellement neutres, ceux qui leur paraissaient les plus «gentils». Les jugements des participants avec un TSA étaient hétérogènes comparativement aux participants du groupe témoin. Les interprétations des autistes n'étaient pas prévisibles d'un sujet à l'autre.

Consensus de synthèse

En revanche, les chercheurs n'ont pas mis au jour de différences entre les groupes lorsque ceux-ci regardaient des images de synthèse, pourtant créées d'après les caractéristiques des photographies présentées précédemment. De plus, quand les paires d'images de synthèse contenaient moins d'indices utiles au jugement – des traits de visage moins marqués –, les résultats des deux groupes de participants étaient influencés de la même façon par cette difficulté.

«La suite de notre étude visera à préciser les mécanismes qui s'appliquent dans le cerveau des autistes lorsqu'ils analysent les expressions des visages. Manifestement, ces mécanismes répondent à des règles encore méconnues», conclut le Dr Forgeot d'Arc.

Cette recherche a été réalisée en collaboration avec une équipe de l'Hôpital universitaire Robert-Debré à Paris, qui a recruté les participants, soit un groupe témoin composé de 38 personnes et un groupe de 33 hommes et femmes aux prises avec un TSA, sans déficience intellectuelle. L'échantillonnage comprenait des enfants.

Mathieu-Robert Sauvé

Lien vers le communiqué de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal.