L'étudiant à qui on avait prédit qu'il ne finirait pas le secondaire...

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  • Le 1 décembre 2014

  • Martin LaSalle

Guy Gratton-SinclairÀ 10 ans, il lisait déjà l'œuvre de Jules Verne. En fait, tout au long de son enfance, il a été attiré par plusieurs sujets auxquels on s'intéresse habituellement à un âge plus avancé.

 

Atteint du syndrome d'Asperger, Guy Gratton-Sinclair avait quelques manies et connaissait des difficultés à s'intégrer socialement. Au point où ses éducateurs de l'époque n'ont pas cru qu'il irait l'école très longtemps.

«On m'a dit que je ne terminerais jamais ma cinquième secondaire ...», se souvient celui qui a étudié en histoire de l'art à l'Université de Montréal au cours des trois dernières années et qui amorcera un certificat en archivistique en janvier.

Diagnostiqué à l'adolescence, il a fréquenté l'école de l'Odyssée des jeunes, au sein d'une classe d'élèves souffrant d'un TSA ou du syndrome d'Asperger, après quoi il a suivi sa scolarité dans une classe ordinaire à l'école secondaire Georges-Vanier.

Il a ensuite étudié au Cégep du Vieux-Montréal où, pour la première fois, un projet pilote offrait des services adaptés à une clientèle de jeunes autistes ou Asperger. L'expérience s'est avérée positive, «mais au début les approches étaient assez rigides, les professeurs n'étaient pas toujours ouverts aux accommodements», se remémore l'étudiant de 25 ans.

Pendant toutes ses années d'études au secondaire et au cégep, Guy Gratton-Sinclair a reçu un soutien constant du Centre de réadaptation Normand-Laramée, envers lequel il est très reconnaissant.

Un puissant disque dur... qui socialise lentement

À l'UdeM, Guy Gratton-Sinclair est un étudiant consciencieux. Doté d'une mémoire «qui fonctionne comme un scanner», son cerveau s'imprègne de tout ce que ses sens captent. «Je retiens tout ce que je lis ou entend, je me souviens du contenu présenté en classe même quand je suis dans la lune : j'ai un disque dur puissant!» lance-t-il en rigolant.

À son entrée à l'Université en janvier 2012, il a fait appel au Soutien aux étudiants en situation de handicap. Mais avec le temps il s'est parfaitement intégré... non sans quelques épisodes cocasses.

«Quand je suis arrivé sur le campus, je croyais qu'en descendant à la station de métro Université-de-Montréal j'avais directement accès au pavillon Roger-Gaudry, se rappelle-t-il. Je ne savais pas que la rampe d'accès existait et je montais la côte à pied, parfois avec de la neige jusqu'aux genoux!»

Le temps a passé et Guy Gratton-Sinclair s'est fait quelques amis à l'UdeM. Car, si certains tabous tombent, certains sont plus persistants.

Comme celui voulant que les autistes et les Asperger n'éprouvent pas d'émotions.

«C'est faux de croire que, parce qu'on est plutôt asocial, on ne ressent aucune émotion : je me souviens très précisément de celles que j'ai ressenties même à l'âge de trois ans, conclut-il. Et je me considère comme sociable aussi. Sauf que ça me prend juste un peu plus de temps pour nouer des liens.»

Martin LaSalle