Plus de 200 étudiants apprennent à intervenir auprès des autistes

  • Forum
  • Le 1 décembre 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Esther PaquetDepuis que le Certificat d'intervention en déficience intellectuelle a ajouté le volet «troubles du spectre de l'autisme» en 2013, le nombre d'étudiants inscrits a augmenté de plus de 55 %, passant de 98 à plus de 150 aujourd'hui.

 

«C'était une demande des étudiants et des milieux de pratique. Il n'est pas question de délaisser la thématique de la déficience intellectuelle, mais nous avons résolu d'étendre notre expertise à ce phénomène en croissance», souligne Esther Paquet, responsable de ce programme à la Faculté de l'éducation permanente (FEP) de l'Université de Montréal.

Le nombre de personnes souffrant d'un trouble du spectre de l'autisme (TSA) s'est considérablement accru en Occident au cours des 20 dernières années et les intervenants des services de garde, du milieu scolaire et des réseaux de la santé et des services communautaires sentent le besoin de recevoir une formation adéquate pour y faire face. Parmi plusieurs nouveaux cours ajoutés au programme de 30 crédits, deux traitent exclusivement du TSA : Fondements théoriques des TSA et Intervenir avec les personnes ayant un TSA. Le certificat s'adresse aux intervenants des réseaux publics et privés.

La déficience intellectuelle et l'autisme sont des réalités connexes mais distinctes : «Certaines personnes ayant un TSA peuvent présenter une déficience intellectuelle, mais ce n'est pas toujours le cas», explique Mme Paquet. Elle a estimé qu'il fallait aborder ces réalités de façon complémentaire dans un cadre universitaire. La FEP a bien accueilli sa proposition et est devenue la première faculté universitaire au Québec à offrir une formation relative à ces deux problématiques. «L'approche que nous privilégions est écosystémique et non biomédicale», signale Mme Paquet.

L'Université collabore aussi à un certificat commun sur les troubles envahissants du développement avec l'Université Laval et l'Université du Québec à Chicoutimi. Destiné aux employés des centres de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement, le certificat est offert à des groupes de 25 à 35 intervenants. Trois des 10 cours de ce programme sont donnés par des chargés de cours de l'UdeM.

Des besoins particuliers

Au Québec, le trouble du spectre de l'autisme est le handicap le plus fréquent en milieu scolaire, mentionne une étude de l'Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie. Il y a d'importantes disparités d'une région à l'autre au chapitre de la prévalence du TSA, la Montérégie étant la région où l'on trouve la plus grande proportion de cas (138 pour 10 000 enfants) et l'Estrie celle où l'on en recense le moins (46 pour 10 000). La moyenne québécoise est de 99 cas pour 10 000 enfants «La raison de ce phénomène est encore obscure, commente Mme Paquet. Une hypothèse veut que les familles ayant un ou des enfants autistes s'établissent plus volontiers en Montérégie, où davantage de services existent pour cette clientèle. Il est également possible qu'on ait une façon différente de diagnostiquer les cas. Les facteurs environnementaux sont aussi étudiés.»

En 2010, des chercheurs américains ont publié dans Current Opinion in Neurology une revue de la littérature sur les facteurs environnementaux qui joueraient un rôle dans la hausse des cas d'autisme. La pollution de l'air et la présence d'organophosphates et de métaux lourds dans notre alimentation auraient une influence sur la mutation de certains gènes. L'âge des parents pourrait de plus être en cause.

Depuis le début des années 2000, l'incidence de l'autisme aurait grimpé de 25 % par an au Québec, résume Esther Paquet. C'est une réalité qu'on ne peut plus ignorer.

Mathieu-Robert Sauvé