Qu'est-ce que le trouble du spectre de l'autisme?

  • Forum
  • Le 1 décembre 2014

  • Martin LaSalle

L'autisme n,a ni début ni fin, explique laurent Mottron.Touchant un pour cent de la population, le trouble du spectre de l'autisme (TSA) regroupe un ensemble de différences dans le traitement de l'information sociale et non sociale, et particulièrement la perception. Il se manifeste en bas âge – généralement entre 18 mois et trois ans – d'abord par des interactions sociales atypiques avec l'entourage.

 

Cette variation du traitement de l'information apparaît tôt dans le développement de la personne, demeure présente tout au cours de sa vie et évolue de façon considérable en vieillissant.

«Parce qu'il n'a ni début ni fin, l'autisme n'est pas une maladie : il s'agit plutôt d'une variation neurodéveloppementale qui est caractérisée par divers comportements sociaux et non sociaux», explique le neuroscientifique en cognition Laurent Mottron, chercheur à l'Hôpital Rivière-des-Prairies et au Centre d'excellence en troubles envahissants du développement de l'Université de Montréal.

L'origine du TSA n'est pas claire, mais on sait que des facteurs génétiques et environnementaux sont en jeu. Toutefois, l'éducation ou le comportement des parents à l'égard de l'enfant ne sont pas responsables de l'autisme.

Pour recevoir un diagnostic de TSA, l'enfant doit présenter différents symptômes au chapitre des habiletés sociales et du comportement. Voici quelques exemples non exhaustifs.

Habiletés sociales

     

  • Absence de réponse sociale (réception peu ou pas apparente des paroles ou signaux émis par les autres, comme ne pas sourire ou ne pas répondre lorsqu'on l'appelle par son prénom)
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  • Réduction des ouvertures sociales : ainsi il ne demande rien aux adultes ou ne les regarde pas spontanément
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  • Problèmes de langage (il parle de façon non communicative ou ne parle pas du tout)
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  • Absence d'imagination (un autiste peut accomplir des choses complexes, par exemple résoudre des sudokus même en bas âge, mais il ne peut jouer à faire semblant, comme prendre une fourchette pour un téléphone, ou jouer un rôle)
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Comportements

     

  • Tendance à effectuer des mouvements répétitifs (se bercer, battre des mains quand il ressent des émotions joyeuses)
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  • Dépendance excessive à des routines ou à des rituels particuliers
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  • Fascination pour certains objets ou sujets (les autistes s'intéressent à moins de choses, mais plus longtemps).
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L'intensité de ces symptômes varie grandement selon les individus : certains peuvent, à l'âge adulte, «fonctionner» de façon normale dans la société, tandis que d'autres requièrent une supervision 24 heures sur 24 durant toute leur vie.

Deux grandes catégories

Selon Laurent Mottron, il existe deux grandes catégories de variations à l'intérieur du spectre autistique.

«D'une part, il y a une hétérogénéité fondamentale en ce qui à trait à l'acquisition du langage, qui peut être précoce ou, au contraire, tardive, indique-t-il. À l'âge adulte, il y a toutefois peu de différences de langage entre ceux qui ont commencé à parler tôt et ceux qui ont commencé à parler tard.»

D'autre part, il y a une distinction entre l'autisme primaire, où seul l'autisme est présent, et l'autisme syndromique, où il y a présence d'un syndrome neurogénétique reconnaissable en plus de l'autisme. «Il y a des variations considérables de niveaux intellectuels dans l'autisme, ajoute-t-il. Environ 25 % des autistes sont aussi atteints d'une déficience intellectuelle.»

Un autiste n'est pas «dans sa bulle»

Les enfants autistes filtrent un certain type d'information, pour laquelle ils seront hyper vigilants. «Il est faux de dire qu'ils ne s'intéressent à rien, dit M. Mottron. Au contraire, ils sont très à l'écoute de ce qui se passe, mais dans un domaine particulier et étroit par rapport aux enfants non autistes.»

Et, si les expressions faciales se font rares, cela ne signifie aucunement que l'enfant est absent. «On ne dit pas d'une personne sourde qu'elle est absente parce qu'elle n'entend pas notre voix, illustre Laurent Mottron. Chez l'autiste, le canal d'information n'est simplement pas le même que chez un autre enfant et le défi consiste à trouver ce canal.»

Aussi, la métaphore selon laquelle un autiste est une personne qui vit dans sa bulle est une «fausse métaphore», insiste le chercheur qui bon an, mal an effectue quelque 250 évaluations d'enfants à l'Hôpital Rivières-des-Prairies.

Il y aurait environ 120 000 personnes autistes au Québec, dont un peu moins de 30 000 à Montréal seulement.

Un trouble génétique qui touche surtout les garçons

Selon Laurent Mottron, le spectre de l'autisme est un trouble essentiellement génétique, bien qu'on n'en connaisse pas le mode ni le mécanisme spécifiques de transmission. «On sait que c'est génétique en raison des concordances familiales, signale-t-il. Par ailleurs, il y a environ 10 fois plus de garçons que de filles qui sont autistes, ce qui indique qu'être une fille protège contre l'effet des mutations qui produisent l'autisme chez les garçons.»

Et ce trouble génétique s'étend à toutes les parties du cerveau, tant pour ce qui est de la taille des cellules que de leur organisation ou de la fonction des régions cérébrales. «Avec l'autisme, le problème n'est pas de trouver les différences cérébrales – il y en a énormément! –, mais de savoir lesquelles sont significative sur le plan du fonctionnement de l'individu.»

Martin LaSalle