Vingt-cinq ans après, un concert «En souvenir d'elles»

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  • Le 1 décembre 2014

Pour célébrer en musique la mémoire des tragiques évènements de Polytechnique Montréal, l'OUM interprétera le Requiem de Brahms, une musique de plénitude.Le 6 décembre 1989. Vers 17 h 10, Marc Lépine entre armé dans une salle de classe de Polytechnique Montréal, déclare combattre le féminisme et ouvre le feu sur 28 personnes avant de se suicider. Quatorze jeunes femmes trouvent la mort dans cette tragédie qui marquera à jamais la mémoire collective des Québécois.

 

À l'époque, Jean-François Rivest est enseignant au Conservatoire de musique de Chicoutimi. Vingt-cinq ans plus tard, le chef d'orchestre se souvient encore du choc qu'il a reçu en apprenant la nouvelle.

«C'était tout un monde qui s'écroulait, raconte celui qui a fondé depuis l'Orchestre de l'Université de Montréal (OUM). Que ça se passe ici, chez nous, au Québec. Dans notre Polytechnique. Que ça touche des femmes... J'étais totalement révolté. Alors, lorsque j'ai vu que le 6 décembre tombait cette année un samedi, j'ai eu la conviction qu'il fallait faire quelque chose de grand.»

Brahms et Bach

Deux cent quarante jeunes musiciens seront sur la scène de la salle Claude-Champagne, le 6 décembre, pour un concert sobrement intitulé En souvenir d'elles. Ils seront 60 instrumentistes de l'OUM et 180 choristes issus l'Atelier d'opéra et du Chœur de l'Université de Montréal ainsi que du McGill University Chorus et des Schulich School Singers.

Un moment de recueillement musical que le chef a voulu interuniversitaire pour ajouter à la solennité de l'hommage. Grand, solennel, mais pas mélodramatique, car un quart de siècle plus tard l'heure est à la consolation, estime celui dont l'énergie, la passion et l'engagement ont rendu possible ce vaste projet rassembleur. D'où le choix de la pièce maîtresse du concert, le Requiem de Johannes Brahms qui, certes, demeure une messe pour les défunts, mais qui se veut tourné vers l'avenir et la lumière. Un requiem qui glorifie la féminité également.

«Il n'y a qu'un seul air féminin, mais tout le monde s'entend pour dire que c'est le plus beau passage du Requiem, assure l'initiateur du projet. Il n'y a pas plus intime, plus tendre, plus doux. C'est la musique d'amour par excellence.»

«C'est la mère qui vient nous envelopper, nous bercer, nous rassurer, nous dire que le deuil est toujours difficile, mais qu'ensuite le repos sera grand, ajoute Pascale Beaudin, la jeune soprano qui interprètera cet air. Je n'avais que 10 ans lorsque la tragédie a eu lieu, mais elle m'a suivie comme une ombre. J'ai ensuite étudié ici, à la Faculté de musique, et chaque fois que je passais devant Polytechnique j'avais un petit frisson. Quand le rôle m'a été proposé, je n'ai pas hésité.»

Quatorze victimes, 14 voix

La soprano Pascale Beaudin.Pascale Beaudin interviendra également durant la première partie du concert, entièrement consacrée au maître du baroque Jean-Sébastien Bach. Elle y interprétera notamment un air «en écho» tiré de l'Oratorio de Noël.

«La soliste dialogue avec sa propre âme, explique-t-elle. Elle lui pose plusieurs questions et une voix lui répond. Cette fois-ci, il y aura 14 voix qui répondront pour rendre hommage aux 14 victimes. Quatorze sopranos de l'Atelier d'opéra.»

Le motet Ô Jésus-Christ, lumière de ma vie, viendra compléter le répertoire de la soirée. Cette courte œuvre composée par Bach à l'occasion de funérailles sera jouée en deux versions, l'une très sonore, composée initialement pour l'extérieur, l'autre plus feutrée. Un répertoire qui a conquis les différents protagonistes.

«Ces pièces commémorent tellement bien un évènement aussi effrayant, estime François A. Ouimet, chef de chœur de l'Université McGill. Elles viennent véritablement nous faire vibrer.»

«Ce n'est pas triste, c'est même plein d'espoir, apaisant, poursuit Raymond Perrin, son homologue de l'Université de Montréal. Avec Brahms, on a une vision de l'éternité. Et Jean-François Rivest sait aller chercher le sens profond, les émotions, afin que les musiciens les transmettent au public.»

La plupart des musiciens présents au concert n'étaient pas nés le 6 décembre 1989. Ce dont le chef est tout à fait conscient : «Les artistes ont aussi le devoir de faire en sorte que les gens n'oublient pas, pour que les mêmes situations dramatiques cessent de se reproduire. Je me fais un devoir d'amener les jeunes sur ce terrain, pour qu'ils saisissent le choc que nous avons tous subi il y a 25 ans. Il y aura forcément une émotion toute particulière dans la salle.»

Hélène Roulot-Ganzmann
Collaboration spéciale

 

Concert de l'OUM En mémoire d'elles, présenté à 19 h 30 à la salle Claude-Champagne de la Faculté de musique de l'Université de Montréal, 220, avenue Vincent-D'Indy. Entrée : 15 $, gratuit pour les étudiants. Billetterie : www.admission.com.