Agression physique chez les tout-petits : la faute aux retards de langage?

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Une récente étude menée par des chercheurs de l'Université de Montréal montre que les problèmes d'agression physique ne peuvent pas être expliqués par les retards de langage au moment de la vie où apparaissent les problèmes d'agression physique et où se développe rapidement le langage. Les chercheurs ont cependant observé que les comportements parentaux pourraient influer sur le développement d'une association entre les deux problèmes. Coups de poing et/ou de pieds fréquents, ou bien encore propension élevée à mordre ou à bousculer les autres sont des exemples des agressions physiques observées chez les tout-petits.

« Depuis les années 1940, des études ont observé une association entre les problèmes d'agression physique et les problèmes de langage chez les jeunes et les adolescents. On a également démontré, il y a une dizaine d'année, que les problèmes d'agression physique apparaissent à la petite enfance, au moment où se développe le langage. Nous voulions donc vérifier si cette association agression physique/langage existait dès le début de la vie, soit entre 17 et 72 mois et, si oui, qui influençait qui», explique Lisa-Christine Girard, chercheuse postdoctorale au Groupe de recherche sur l'inadaptation psychosociale de l'enfant (GRIP) et première auteure de l'étude.

L'équipe de chercheurs a donc utilisé une étude longitudinale auprès de 2057 enfants québécois, francophones et anglophones, recrutés dans l'Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ELDEQ), menée par le GRIP, en association avec le Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec et l'Institut de la Statistique du Québec. Il a été demandé aux parents d'évaluer la fréquence des agressions physiques et les capacités langagières de leurs enfants à 17, 29, 41, 60 et 72 mois. Les comportements des parents - punitions, comportements affectueux - ont également été recensés.

Les résultats de ces travaux montrent une association entre agression physique et langage, entre 17 et 41 mois. En effet, les enfants qui présentaient de faibles capacités de langage à 17 mois commettaient, à 29 mois, plus d'agressions physiques, et la fréquence de ces comportements agressifs à 29 mois était associée à des capacités langagières inférieures à 41 mois. Cependant, selon les chercheurs, cette association est très faible et le fait qu'elle disparaisse dès 41 mois pourrait s'expliquer par le fait que la période 17/41 mois est marquée par un développement important des capacités de langage et par la très haute fréquence des agressions physiques. « En fait, c'est entre 17 et 41 mois que les humains utilisent le plus souvent l'agression physique, explique Richard E. Tremblay, professeur aux Départements de psychologie et de pédiatrie de l'Université de Montréal, qui a supervisé les travaux de Lisa-Christine Girard. Par la suite, la très grande majorité des enfants ont appris à utiliser d'autres moyens que l'agression physique afin d'obtenir ce qu'ils désirent, ce qui diminue la probabilité de voir une association entre agression et retards de langage dans un échantillon représentatif de la population ».

Ces résultats sur un large échantillon représentatif de la population soutiennent donc que, chez les enfants en bas âges, les comportements agressifs ne sont pas motivés par des retards de langage, et vice-versa. « C'est ailleurs qu'il faut chercher une explication. Nous savons que des facteurs génétiques et neurologiques jouent un rôle dans le développement de ces deux types de comportement  », ajoute Richard E. Tremblay.

Les chercheurs notent également que, pendant cette période, les comportements parentaux affectueux sont associés à un faible niveau d'agression et à un haut niveau de développement du langage. Cette observation peut indiquer que les comportements affectueux des parents peuvent faciliter l'apprentissage du langage et l'apprentissage d'alternatives acceptables à l'agression physique. Cependant, il est aussi possible que ce soit le faible niveau d'agression et le bon développement du langage des enfants qui encouragent les parents à être affectueux à leur égard.

« Cette étude, qui est la première étude longitudinale à examiner les associations entre les agressions physiques et les capacités langagières tout au long de la petite enfance, s'inscrit dans la lignée de nos travaux sur le développement des problèmes d'agression physique des enfants. Elle nous a permis de regarder ce qu'il en était de ce problème, dès son apparition, c'est-à-dire à la petite enfance, poursuit Dr Tremblay. D'autres études apparaissent désormais nécessaires afin de notamment mieux comprendre les effets des comportements parentaux et d'autres variables susceptibles de créer une association entre agression physique et développement du langage ».