Actes criminels et troubles mentaux graves : prison ou institution psychiatrique?

Les personnes atteintes de troubles mentaux graves qui ont commis un acte criminel ont un profil différent, qu’elles soient incarcérées ou hospitalisées dans une institution psychiatrique. Photo : ThinkstockLes personnes atteintes de troubles mentaux graves qui ont commis un acte criminel ont un profil différent, qu'elles soient incarcérées ou hospitalisées dans une institution psychiatrique. C'est ce que nous apprend une étude publiée par des chercheurs de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal et de l'Institut Philippe-Pinel de Montréal, affiliés à l'Université de Montréal.

 

«Nous observons clairement une différence entre les gens atteints de maladie mentale, qui suite à un crime sont jugés coupables (incarcérés) et ceux qui sont déclarés non criminellement responsables (institution psychiatrique)», affirme le Dr Alexandre Dumais, premier auteur de l'étude et chercheur à l'Institut Philippe-Pinel de Montréal ainsi qu'à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal. «Depuis l'adoption de la loi C-30 en 1992, le nombre d'accusés souffrant de troubles mentaux graves comme la schizophrénie a grandement diminué dans les centres de détentions fédérales.  À l'inverse, le nombre de personnes déclarées non criminellement responsables (NCRTM) a augmenté et ces personnes se retrouvent dans le réseau de la psychiatrie», complète le professeur adjoint de clinique à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal et psychiatre à l'Institut Philippe-Pinel de Montréal.

Le but de cette recherche, réalisée en collaboration avec le Centre d'études sur les mesures de contrôle en santé mentale de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal, était de comparer le profil d'individus souffrant de troubles mentaux graves, qui suite à un délit, sont soit incarcérés (I=44) ou qui ont été déclarés NCRTM et qui sont hospitalisés dans une unité de soins de psychiatrie légale (H= 59).  Pour obtenir ces résultats, les chercheurs ont analysé les données provenant d'un vaste programme de recherche qui a exploré les profils cliniques et sociodémographiques d'hommes souffrant de troubles mentaux graves1.

Résultats

Dans le cas de personnes déclarées NCRTM qui sont hospitalisées, les chercheurs ont observé des différences avec celles qui sont incarcérées.

     

  • Niveau d'études plus élevé chez les personnes NCRTM (équivalent secondaire 5) : 25% pour les incarcérées versus 54% pour les NCRTM
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  • Une utilisation plus importante des services spécialisés en santé mentale chez les personnes NCRTM : 40% pour les incarcérées versus 73% pour les NCRTM.
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  • Plus d'antécédents de tentatives de suicide chez les incarcérées : 66% pour les incarcérées versus 34% pour les NCRTM
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  • Plus d'antécédents criminels avec ou sans violence chez les incarcérées : 71-80% pour les incarcérées versus 25-29% pour les NCRTM
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  • Plus de troubles concomitants avec les drogues ou l'alcool et un niveau de psychopathie plus élevé chez les personnes incarcérées.
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«Cette étude confirme les travaux de mes collègues de l'Institut Philippe-Pinel de Montréal, à savoir que les personnes incarcérées qui ont un trouble mentale grave possèdent un profil particulier, avec notamment des comportements criminels et des traits psychopathiques », déclare Jean-François Pelletier, chercheur à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal  et professeur adjoint à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal. «Pour leur part, le profil des personnes NCRTM hospitalisées se distingue de celui des gens incarcérés par le fait qu'elles utilisent plus les services en santé mentale et qu'elles sont souvent déjà suivi en psychiatrie avant de commettre leur délit,» explique monsieur Pelletier.

«Les caractéristiques des personnes incarcérées les amènent vers des comportements criminels et les éloignent des soins psychiatriques dont ils auraient besoin» affirme Dr Dumais. «Un délinquant, on le punit mais quand il est aussi malade, il faut le soigner! Ainsi, de nouveaux modèles de soins partagés entre les systèmes de justice et de santé devront être mis en place pour mieux traiter ces patients et réduire le risque de comportements violents ou antisociaux. Certaines initiatives ont vu le jour dans différents pays, mais n'ont pas encore été testées formellement en utilisant des méthodes de recherche rigoureuses. Les prochaines études devront s'intéresser à ces modèles pour déterminer lesquels sont efficaces.» conclut-il.

1 Dumais, A., Côté, G., & Lesage, A. (2010). « Clinical specificity and sociodemo- graphic profiles of male inmates with severe mental disorders: A comparison with voluntarily hospitalized patients ». Canadian Journal of Psychiatry, 55(3), 172–179.

À propos de l'étude

Dumais, A., Cote, G., Larue, C., Goulet, M. H., & Pelletier, J. F. (2014). « Clinical characteristics and service use of incarcerated males with severe mental disorders: a comparative case-control study with patients found not criminally responsible ». Issues Ment Health Nurs, 35(8), 597-603. Pubmed

Alexandre Dumais est chercheur à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal et psychiatre à l'Institut Philippe-Pinel de Montréal.

Jean-François Pelletier est chercheur à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM) et professeur adjoint au Département de psychiatrie de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal. Il est également directeur du Programme international de recherche action participative sur le rétablissement civique (PIRAP) à l'IUSMM.

Gilles Côté est chercheur à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal et dirige le service de la recherche de l'Institut Philippe-Pinel de Montréal. Il est professeur titulaire au Département de psychologie de l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Caroline Larue est chercheuse à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal et professeure agrégée à la Faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal. Elle dirige le Centre d'études sur les mesures de contrôle en santé mentale de l'IUSMM.

Marie-Hélène Goulet est doctorante en soins infirmiers au Centre de recherche de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal et travaille au sein de l'équipe Centre d'études sur les mesures de contrôle en santé mentale

Renseignements

     

  • Catherine Dion
    Service des communications
    Institut universitaire en santé mentale de Montréal
    Téléphone : 514 251-4000, poste 2986
    Cellulaire : 514 235-4036
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