Élaine Roy a combattu l'épidémie d'Ebola au Sierra Leone

  • Forum
  • Le 17 décembre 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Élaine Roy et des collègues infirmiers en Sierra Leone.Élaine Roy, infirmière de 28 ans et étudiante à la Faculté de l'éducation permanente de l'Université de Montréal, a combattu l'épidémie d'Ebola en Sierra Leone durant cinq semaines à la fin de l'année 2014 sous l'égide de Médecins sans frontières (MSF).

 

« Nos interventions sur le terrain étaient rudimentaires car il n'existe aucun traitement contre le virus pour l'instant, mais nous avons apporté du soutien aux malades et à leurs familles : réhydratation, soulagement de la douleur et des symptômes de l'infection, soins de santé mentale, maternité pour les femmes enceintes » confie-t-elle au cours d'un entretien téléphonique depuis le  Nunavik, où elle travaille à temps partiel lorsqu'elle n'est pas en mission humanitaire.

C'est aux personnes comme Élaine Roy que le magazine Time a voulu rendre hommage en nommant « Person of the year 2014 » (personnalité de l'année) non pas un individu mais la brigade de coopérants qui se sont rendus au centre de la crise qui frappe actuellement l'Afrique de l'Ouest. L'organisation pour laquelle travaille Mme Roy était nommément identifiée en éditorial. «Alors que les gouvernements n'étaient pas équipés pour faire face à l'épidémie, que l'OMS n'était pas convaincu de la gravité de la situation et qu'on soupçonnait les premiers répondants de crier au loup, les gens sur le terrain, MSF et d'autres groupes de partout dans le monde, luttaient main dans la main avec médecins, infirmiers, ambulanciers et thanatologues sur place. »

Selon les données citées par Time, 17 800 personnes ont été infectées par le virus ; du nombre, 6300 en sont mortes. C'est au Sierra Leone qu'on a recensé le plus grand nombre de cas (7800). La jeune femme originaire de Charlemagne, sur la rive Nord de Montréal, tenait à se rendre dans l'épicentre de l'épidémie. « Les premiers cas ont été signalés en mars 2014. MSF m'a demandé de venir travailler en Sierra Leone fin septembre, alors que j`étais en formation à Paris, j`ai tout de suite accepté et, le 9 octobre, je débarquais en Afrique après une formation en Belgique », relate-t-elle.

Elle en était déjà à sa cinquième participation à un camp humanitaire depuis 2011. Elle avait précédemment lutté contre les problèmes de santé post-conflit armé dans les populations négligées  au Myanmar, les épidémies en République Démocratique du Congo, et les problèmes liés à la maternité, la malnutrition en république Centrafricaine (deux fois). Rentrée au pays en juillet 2014 en provenance de la République centrafricaine, elle a dû combattre une malaria contractée là-bas avant de repartir en mission.

Hécatombe africaine

En raison de la difficulté que présente la lutte à l'Ebola, les séjours de MSF ont été écourtés, de façon à permettre aux coopérants de demeurer en santé sans perdre le moral. On a aussi voulu éviter les erreurs humaines dues à l'épuisement. Habituellement, les missions sont de cinq à six mois ; elles duraient tout juste cinq semaines dans le cas présent.

Rattachée au centre d'intervention de Kailahun, dans l'est du pays, Élaine Roy raconte une journée de travail. « C'était très épuisant car nous devions revêtir une combinaison de protection intégrale. Il fait très chaud là-dedans, surtout lorsque le thermomètre affiche 40 degrés Celsius. Chaque intervention doit être minutieusement préparée car nous ne pouvons pas demeurer auprès des patients pendant plus d'une heure. »

Une quinzaine de personnes se présentaient quotidiennement au centre d'intervention, comptant 75 lits. Du nombre, trois sur 10 n'étaient pas atteintes selon l'analyse sanguine. Pour les autres, le virus s'avérait fatal dans 50% des cas. En vertu de son expérience (elle est spécialisée dans le traitement maladies tropicales), Mme Roy avait 11 infirmiers sous sa responsabilité. Le centre comptait une cinquantaine d`infirmiers africains.

Panique médiatique

A-t-elle subi des effets du virus ? Non, car elle avait pris les mesures pour éviter la contamination. Elle a d'ailleurs été choquée de voir des gens s'éloigner d'elle lorsqu'elle est revenue en Occident (elle a fait un arrêt aux Pays-Bas et en Espagne avant de rentrer au Canada, en novembre). « Les personnes contagieuses sont celles qui ont des symptômes : fièvre, toux, diarrhée, vomissements. Les personnes bien portantes ne sont pas dangereuses... »

Elle en a long à dire sur la « panique médiatique » qui s'est emparée de l'Amérique du Nord à la suite du décès d'un Texan, Thomas Eric Duncan, en octobre 2014. « Les médias ont très mal couvert cette épidémie, créant une onde de choc à cause d'un ou deux cas sur le continent. Il y a en Afrique des milliers de cas. La crise est loin d'être terminée là-bas. Pourtant, on n'en parle plus. Pourquoi ? Parce qu'aucun Américain n'est sur la liste des malades. »

Ce que Mme Roy a le plus apprécié de son expérience en Afrique, c'est la conviction d'avoir été utile. « C'est un travail stressant et épuisant sur le plan physique et moral, mais je crois qu'il faut le faire. Je veux aller là où je peux être le plus utile. »

Depuis son enfance, elle rêve à cette vie. Après des études collégiales en techniques infirmières, elle a travaillé à l'hôpital Royal Victoria. Par la suite, elle a étudié à l`institut de médecine tropicale d'Anvers, en Belgique. Puis, ayant entendu dire que MSF recrutait des gens habitués aux conditions de vie en régions éloignées, elle pose sa candidature pour un poste d'infirmière dans le grand nord. Elle travaille, depuis 2009, au Centre de Santé Inuulitsivik via une agence privée de placement infirmiers. Au moment de l'entretien avec Forum, il faisait 25 degrés sous zéro. « Ma vie consiste à passer d'un extrême à l'autre », commente-t-elle.

Actuellement, elle suit à la FEP un Certificat d'études individualisées et un certificat en Santé communautaire. Elle souhaite compléter un baccalauréat par cumul (elle a réussi plusieurs cours de premier cycle en sciences infirmières de l'Université du Québec en Outaouais) . Son objectif : s'inscrire à la maitrise afin de décrocher un travail à Montréal.

Mathieu-Robert Sauvé