Le régime alimentaire des hommes est lié à l'offre de proximité, contrairement à celui des femmes

Photo : ThinkstockAu Canada, les habitudes alimentaires des hommes en ville sont directement reliées à la disponibilité d'aliments sains dans leur quartier de résidence, mais pas celles des femmes. Voilà la principale conclusion d'une étude menée par des chercheurs de l'Université de Montréal et du Centre de recherche du CHUM.

 

«Nous avons découvert que les hommes consomment d'autant plus de fruits et légumes qu'ils résident dans un quartier dont la proportion de commerces vendant ce type d'aliments est élevée. En revanche, nous n'avons pu établir de lien entre l'offre alimentaire aux environs du domicile et la consommation de fruits et légumes chez les femmes», explique Christelle M. Clary, responsable de l'étude et étudiante-chercheuse au Département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal. «Ceci pourrait s'expliquer par le fait que les femmes, qui s'y connaissent en général plus que les hommes en matière de nutrition, procèdent différemment pour s'approvisionner et tiennent compte d'autres facteurs que le nombre relatif de magasins d'alimentation à proximité», suggère le professeur Yan Kestens, qui a dirigé la recherche.

L'étude, réalisée à partir des données de 2007 à 2010 de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) menée par Statistique Canada, porte sur les habitudes alimentaires de 49 403 Canadiens habitant à Toronto, Montréal, Vancouver, Calgary et Ottawa (y compris à Gatineau, au Québec). Les commerces d'alimentation de chacune de ces villes ont été cartographiés à l'aide d'une base de données permettant d'en établir le type et l'emplacement. Les supermarchés, les épiceries, les fruiteries et les magasins d'aliments naturels ont été considérés comme de possibles sources d'aliments bons pour la santé, tandis que les dépanneurs et les restaurants rapides ont été considérés comme ayant une offre restreinte en matière de fruits et légumes. Ces données ont ensuite été couplées avec le code postal du domicile de chaque participant afin d'évaluer la disponibilité en fruits et légumes à proximité du lieu de résidence. Les chercheurs ont tenu compte d'autres facteurs influant sur les habitudes alimentaires, comme l'âge, l'éducation et le revenu.

«De manière générale, les femmes de notre échantillon déclarent consommer en moyenne 4,4 portions de fruits et légumes par jour, soit près d'une portion de plus que les hommes au quotidien. À noter également, la consommation de fruits et légumes est considérablement plus élevée à Montréal (4,14 portions par jour) qu'à Toronto (3,86 portions par jour)», ajoute Mme Clary.

Nous ne savons pas encore précisément pourquoi la consommation de fruits et légumes des hommes est liée à la proportion de sources d'aliments sains. «Parmi les explications possibles, notons que l'abondance et la diversité de l'offre alimentaire de certains quartiers pourrait refléter les conventions sociales locales en matière d'alimentation, et motiver les individus à s'y conformer», explique M. Kestens. Il faut approfondir la recherche pour mieux comprendre les mécanismes liant les habitudes et le paysage alimentaire. «Globalement, l'ensemble des résultats observés au sein de la population canadienne montrent qu'il faut éviter de chercher une seule explication universelle à l'effet de l'offre alimentaire d'un milieu sur nos habitudes en matière de santé», conclut M. Kestens.

À propos de cette étude

Christelle M. Clary et Yan Kestens sont affiliés au Département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal et du Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal. L'étude Should we use absolute or relative measures when assessing foodscape exposure in relation to fruit and vegetable intake? Evidence from a wide-scale Canadian study a été acceptée pour publication dans Preventative Medicine le 4 décembre 2014. Cette étude a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada (MOP-106420). Christelle M. Clary a obtenu trois subventions du Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CRCHUM), du Centre interuniversitaire québécois de statistiques sociales (CIQSS) et de l'École de santé publique de l'Université de Montréal (ESPUM). Yan Kestens est titulaire d'une chaire en santé publique appliquée des IRSC sur les interventions dans les quartiers résidentiels et la santé des populations.

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