De la racine de chicorée pour votre petit déjeuner?

  • Forum
  • Le 26 janvier 2015

  • Dominique Nancy

Depuis janvier 2006, on revendique les bienfaits sur la flore intestinale des aliments enrichis d'inuline, une fibre extraite mécaniquement de la racine de chicorée, le tout autorisé par l'Agence canadienne d'inspection des aliments.

 

Un coup de fouet qui incite l'industrie alimentaire à en faire un ingrédient-vedette de nombreux produits : jus, pains, céréales commerciales, pâtes, produits laitiers et substituts...

Mais l'inuline a-t-elle réellement un effet salutaire sur la santé? «Les aliments enrichis d'inuline contribuent à augmenter votre apport total en fibres alimentaires tout en étant bénéfiques pour la santé. Mais ils ne remplacent pas les produits céréaliers de grains entiers qui, en plus de procurer un effet de satiété, fournissent une panoplie de vitamines, de minéraux et d'antioxydants», affirme Nathalie Jobin, directrice du contenu scientifique à Extenso, le Centre de référence sur la nutrition de l'Université de Montréal.

L'engouement pour ce nouveau «produit miracle» est pourtant bien réel. «J'ai vu récemment au supermarché un pain qui contenait 16 grammes de fibres par tranche! Impossible, me suis-je dit. J'ai consulté la liste des ingrédients afin de voir la source de ces fibres. Une grande partie provenait de l'inuline.»

Ses atouts? Elle permet, grâce à son goût sucré, de réduire la teneur en sucre des aliments et, par ses qualités d'agent texturant, de diminuer les apports de corps gras. Il semble aussi que l'inuline améliore l'absorption du calcium en agissant sur le pH du côlon. Mais ce qui la rend aussi populaire auprès des fabricants, c'est qu'elle a des propriétés nutritionnelles et fonctionnelles. Non digestibles dans l'intestin grêle, les sucres de l'inuline ne sont pas absorbés comme le glucose par notre système, car ils sont dotés d'un effet «fibre». Ils ne permettent pas de réduire, voire d'enrayer la constipation, mais ils peuvent faciliter le transit intestinal. Et, surtout, ils augmentent le nombre de bifidobactéries. Dominantes dans la flore du côlon, ces bonnes bactéries dites «probiotiques» ont des effets immunostimulants nous permettant de mieux résister aux infections.

«L'inuline agit comme un prébiotique, précise Nathalie Jobin. Ce composé qu'on trouve aussi naturellement dans l'oignon, l'artichaut, l'asperge, l'ail, la banane et le topinambour a pour principale vertu de stimuler le développement des bactéries saines de la flore intestinale, lesquelles profitent au système digestif. Celles-ci synthétisent notamment les vitamines et les acides gras, régulent l'acidité intestinale et nous aident à éliminer les bactéries pathogènes qui nous rendent malades.» Autrement dit, les prébiotiques telle l'inuline établissent un environnement favorable aux probiotiques, qui peuvent ainsi s'épanouir à l'intérieur de notre système gastro-intestinal. D'où l'intérêt d'ajouter les deux dans un seul et même produit.

Avons-nous absolument besoin d'aliments enrichis de pré- et de probiotiques pour être en santé? «Non, répond Nathalie Jobin. Si l'on mange assez de fruits, de légumes et de produits céréaliers de grains entiers, ces aliments ne sont pas nécessaires. La clé d'un système digestif en santé réside dans une alimentation équilibrée.» De récentes études sur l'alimentation des Canadiens démontrent cependant que la majorité ne consomment pas assez de fibres alimentaires. Les apports conseillés sont de l'ordre de 30 à 40 grammes par jour. Actuellement, la consommation moyenne de fibres alimentaires s'élève à 17,6 grammes quotidiennement dans la population adulte, une quantité insuffisante pour bénéficier de l'effet protecteur des fibres.

Pour plusieurs personnes, dont celles qui souffrent de certains problèmes de santé ou d'allergies alimentaires, les produits enrichis d'inuline peuvent leur permettre de combler plus facilement leurs besoins en fibres. Mme Jobin insiste toutefois sur le fait que, contrairement aux fibres solubles de la pomme, de l'avoine et de l'orge, l'inuline n'aurait pas la capacité d'abaisser le taux de cholestérol et la glycémie.

Dominique Nancy

(Illustration : Benoît Gougeon)