L'asthme professionnel touche d'abord les boulangers et les carrossiers

  • Forum
  • Le 26 janvier 2015

  • Martin LaSalle

Au Québec, le diagnostic est très souvent établi par un test de provocation bronchique, qui permet de déterminer l’agent ou la substance qui provoque l’asthme.   Exposés à des molécules allergènes dans leur milieu de travail, les boulangers et les carrossiers sont les travailleurs les plus susceptibles d'être atteints d'asthme professionnel. Mais le diagnostic de même que l'amélioration de leur état de santé diffèrent selon qu'ils travaillent au Québec ou en Ontario.

 

C'est ce que met en évidence Catherine Lemière, pneumologue à l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et professeure à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, dans une étude menée auprès de 565 personnes souffrant d'asthme professionnel et publiée récemment dans l'European Respiratory Journal.

La majorité des cas d'asthme professionnel sont déclenchés par deux types de molécules allergènes, soit les protéines solubles de la farine de blé ou de seigle, ainsi que les isocyanates ? une composante des peintures pulvérisées utilisées dans la fabrication et le débosselage de véhicules.

En fait, environ 15 % des cas d'asthme seraient d'origine professionnelle. On évalue que de 5 à 10 % des travailleurs exposés aux isocyanates souffrent de cette maladie, tandis qu'environ 20 % des boulangers deviennent allergiques à la farine avec le temps.

Outre ces molécules, plus de 400 autres produits organiques et inorganiques sont associés à l'asthme professionnel.

Diagnostic et fréquentation des services des urgences

Tant au Québec qu'en Ontario, les travailleurs qui reçoivent un diagnostic d'asthme professionnel sont retirés de leur milieu de travail. Ils peuvent aussi être admissibles à des prestations de revenu. (Au Québec, ces prestations sont versées en vertu de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles.)

On le devine, la qualité du diagnostic revêt donc une importance centrale pour les travailleurs. Or, la façon de diagnostiquer l'asthme professionnel n'est pas la même selon qu'on est au Québec ou en Ontario.

Catherine Lemière«Au Québec, le diagnostic est établi la plupart du temps par un test de provocation bronchique, qui permet de déterminer l'agent ou la substance qui provoque l'asthme, tandis qu'en Ontario l'examen est fait en mesurant la fonction respiratoire au travail et à l'extérieur du travail, ce qui ne permet pas de désigner l'agent en cause», explique la Dre Lemière, qui a déjà pratiqué dans la province voisine.

De plus, dans cette province le seul fait d'être exposé à une substance allergène dans son milieu de travail peut influer sur le diagnostic.

Résultat : au Québec, 42 % des travailleurs exposés aux isocyanates ont reçu un diagnostic d'asthme professionnel, contre 83 % en Ontario.

Si les deux provinces ont connu une diminution du nombre des visites aux services des urgences ou des hospitalisations parmi les travailleurs ayant eu un diagnostic d'asthme professionnel, un an après le diagnostic, cette réduction a été 57 % plus importante au Québec qu'en Ontario.

«Lorsqu'un diagnostic d'asthme professionnel est posé de façon précise, en connaissant l'agent responsable, le reclassement professionnel est plus efficace et entraîne une baisse du nombre de crises d'asthme requérant des soins médicaux», indique la Dre Lemière.

Notons que, chaque année, on diagnostique environ 50 nouveaux cas d'asthme professionnel au Québec. «Il y a eu une diminution du nombre de cas, notamment parce qu'on est plus sensibilisé aux risques que posent les isocyanates, mais aussi parce qu'il est possible qu'une partie de la production manufacturière recourant à ces produits ait été délocalisée dans d'autres pays, conclut-elle. Et aussi, sans doute, parce qu'en période économique difficile les travailleurs craignent de perdre leur emploi et sont moins enclins à se plaindre.»

Martin LaSalle

 


Asthme professionnel : un problème décrit dans l'Antiquité

Les premiers exemples de problèmes respiratoires d'origine professionnelle remontent à l'Antiquité égyptienne, où des gênes respiratoires furent décrites chez des tisserands travaillant en milieu confiné. Hippocrate note la présence d'asthme chez des travailleurs des métaux, des tailleurs, des cavaliers, des fermiers et des pêcheurs. Mais c'est surtout le professeur de médecine Bernardino Ramazzini, à Padoue, qui a décrit en 1713 les causes professionnelles de nombreuses maladies, dont l'asthme.