Un étudiant dirige une fondation à 24 ans

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  • Le 26 janvier 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé

«Mon frère Guillaume [à gauche] est mon inspiration à jamais», dit Samuel Fleurent Beauchemin. (Photo: lanouvelle.net)«Pourquoi pas en rire, ça coûte pas un bras!» Voilà le thème d'un spectacle d'humour qui sera présenté le 27 février à Victoriaville et qui met en vedette les humoristes William Deslauriers, David Jalbert et Guillaume Wagner. Prix des billets : 125 $.

 

Il s'agit de la prochaine activité de financement de la Fondation Le pont vers l'autonomie, qui a été mise sur pied en 2013 par un étudiant de l'Université de Montréal, Samuel Fleurent Beauchemin, qui avait tout juste 22 ans. «La Fondation existe d'abord pour venir en aide aux personnes atteintes de maladies menant à une perte d'autonomie et qui ont besoin d'assistance», explique le jeune homme de Victoriaville, qui terminera bientôt son certificat en gestion philanthropique à la Faculté de l'éducation permanente.

La Fondation prête sans frais des bras robotisés, un service qui n'a aucun équivalent au Canada. Installés sur les fauteuils roulants et contrôlés à l'aide d'une manette, ils permettent la manipulation de certains objets, redonnant une autonomie partielle à la personne en situation de handicap. La Fondation offre aussi aux familles une aide financière pour les services de soutien à domicile et de maintien de la condition physique.

Lauréat d’un prix de 4000 $ au Gala Forces Avenir l’an dernier, M. Fleurent Beauchemin a remis la somme à sa fondation.

Inspiration fraternelle

C'est en voulant aider son grand frère Guillaume, atteint de dystrophie musculaire de Duchenne, que Samuel a découvert l'existence d'un bras robotisé. À l'âge de 12 ans, Guillaume ne pouvait plus marcher et, à 20 ans, il avait perdu l'usage de ses bras. «De plus en plus prisonnier de son corps, mon frère était de plus en plus dépendant des autres pour pouvoir vivre une vie normale. J'ai rapidement mis la main à la pâte pour lui offrir la meilleure qualité de vie possible», relate-t-il. En voyant son état de santé décliner, et en constatant que le système de santé diminue les services aux usagers de 18 ans et plus, il était prêt à tout pour obtenir cette aide technique.

Considéré comme une «inspiration à jamais», Guillaume avait lui-même entendu parler de ce bras robotisé. Il en a profité pendant quelques semaines. Il avait eu le temps, avec l'aide de sa mère, d'écrire un conte fantastique qui sera lancé à l'occasion du spectacle du 27 février. Guillaume est mort le 8 février 2014 à la suite de complications pulmonaires. Il avait 25 ans.

Enfant, Samuel avait été éprouvé par le deuil, puisqu'un cancer du pancréas avait emporté son père. Il savait que la maladie de Guillaume risquait d'entraîner sa mort entre 19 et 35 ans.

L'idée de venir en aide aux handicapés de la région des Bois-Francs s'est rapidement ancrée dans la mission de la Fondation. «Vous n'avez pas idée combien je suis heureuse, a lancé Sylvie Séguin quand elle a reçu un bras robotisé grâce à la Fondation en décembre dernier. C'est vraiment une nouvelle vie qui commence et je vais en profiter au maximum.»

Pour l'avenir, M. Fleurent Beauchemin souhaite étendre son offre à tout le Québec. Mais, pour y arriver, il a besoin de fonds. L'appui de l'humoriste Mike Ward, déjà sensibilisé à la cause, a été capital. «Mike nous a aidés à organiser un spectacle l'an dernier et ça nous a ouvert des portes tout en permettant d'amasser des sommes importantes. Sans compter qu'il a fait un don personnel de 2000 $», commente le directeur général de la Fondation Le pont vers l'autonomie.

Lui-même estime avoir consacré quelque 5000 heures à sa fondation, qui a maintenant pignon sur rue à Victoriaville. Une somme de 4000 $, remportée par Samuel au Gala Forces Avenir le printemps dernier (il a gagné le premier prix dans la catégorie Entraide, paix et justice), a été déposée dans ses coffres.

Des études utiles

Créée avec un sentiment d'urgence, la Fondation a pu croître pendant quelque temps, mais Samuel Fleurent Beauchemin a rapidement senti qu'il lui manquait une expertise pour la faire progresser. C'est pourquoi il s'est inscrit à l'Université de Montréal en 2013. «Ma formation m'a donné de précieux outils. Sans elle, la Fondation ne serait pas où elle est aujourd'hui!» affirme-t-il.

La gestion d'un organisme philanthropique diffère de celle d'une entreprise commerciale, poursuit-il. Sa reconnaissance officielle par l'Agence du revenu du Canada, par exemple, a été une procédure complexe, mais néanmoins essentielle pour la remise de reçus fiscaux aux donateurs. C'est chose faite depuis mai 2014.

Ce dont il est le plus fier depuis la création de cette fondation? «Probablement le fait d'être parti d'une feuille blanche pour arriver à offrir des solutions concrètes et durables à des gens dans le besoin.»

Mathieu-Robert Sauvé