La scoliose familiale est suscitée par un gène

La découverte d'un premier gène causant la scoliose de forme familiale vient d'être annoncée par une étude de collaboration internationale franco-canadienne

La découverte d'un premier gène causant la scoliose de forme familiale vient d'être annoncée par une étude de collaboration internationale franco-canadienne. «La cause de la scoliose, une déformation tridimensionnelle de la colonne vertébrale, est mystérieuse, et de nombreux chercheurs tentent depuis des années de découvrir ce qui suscite cette maladie, notamment d'un point de vue génétique explique la Dre Florina Moldovan de l'Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine, co-auteure principale de l'étude.

 

À ce jour, plusieurs gènes associés ont été soupçonnés de causer la scoliose au sein de différentes populations, mais le gène en cause dans la forme familiale restait inconnu. C'est grâce au soutien de la Fondation Yves Cotrel et au travail de collaboration internationale, notamment avec le Dr Patrick Edery du CHU de Lyon, co-auteur principal, et avec le Dr Pierre Drapeau du CRCHUM que nous avons pu découvrir ce premier gène causatif.»

Un variant dans le gène POC5 a d'abord été identifié par séquençage d'ADN (séquençage de l'exome) des échantillons provenant d'une grande famille française dont plusieurs membres étaient atteints de scoliose idiopathique. D'autres variants du gène POC5 ont été détectés dans d'autres familles, ainsi que dans des cas de scoliose sans antécédents familiaux. «Le gène POC5 code pour une protéine impliquée dans le centre cellulaire organisateur des microtubules du centrosome, avec fonction  dans la polarité cellulaire, explique le premier auteur de l'étude, le Dr Shunmoogum (Kessen) Patten, qui a réalisé ses travaux de post-doctorat aux centres de recherche du CHU Sainte-Justine et du CHUM. Le caractère pathogénique du gène a été démontré en utilisant le poisson zèbre, un simple modèle génétique vertébré ayant une colonne vertébrale». Ce modèle a permis de découvrir que la surexpression des variants dans le gène POC5 conduit à une déformation rotationnelle de l'axe antéro-postérieur dans la moitié des embryons et ces déformations sont similaires aux déformations observées chez les patients scoliotiques.

Ces données suggèrent que les mutations sont dominantes, ce qui est aussi en accord avec l'analyse génétique humaine. Fait intéressant, la protéine est fortement exprimée au niveau du cerveau, dans des structures bien précises au niveau du mésencéphale, ce qui conduit les auteurs à évoquer une association du cerveau avec la scoliose idiopathique. «Cette découverte, dans le contexte de ce trouble très hétérogène avec possibilité d'un héritage digénique pour un sous-groupe de patients, a permis  l'identification du premier gène causatif et représente une étape importante vers le déchiffrage des causes génétiques», déclare la Dre Moldovan. «Cette première étape cruciale ouvrira des portes à de futures études qui identifieront les gènes et les voies complémentaires ayant un rôle à jouer dans la scoliose chez d'autres populations. Notamment, si un portrait complet des événements génétiques était brossé, des méthodes préventives efficaces et des stratégies pour comprendre la scoliose pourraient être mis au point», croit le Dr Drapeau.

Au sujet de l'étude

L'article intitulé «Functional variants of POC5 identified in patients with idiopathic scoliosis» a paru le 2 février dans la revue The Journal of Clinical Investigation. Elle a été réalisée grâce à la collaboration de plusieurs chercheurs à l'échelle internationale et a été financée et appuyée par La Fondation Yves Cotrel Institut de France qui soutient les travaux de la Dre Moldovan depuis 2006. L'étude a été aussi possible grâce à la collaboration de nombreux cliniciens en France qui ont quant à eux, réuni des familles ayant de nombreux membres atteints de scoliose  sur plusieurs générations, et ce depuis plus de 14 ans. Dr Kessen Patten est postdoctorant à l'Université de Montréal, sous la direction des Drs Moldovan et Drapeau aux centres de recherche du CHUM et du CHU Sainte-Justine, et ses travaux ont été soutenus par la Fondation CHU Sainte-Justine, la Fondation des étoiles, le Réseau de médecine génétique appliquée (RMGA), le Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS) et les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). La Dre Florina Moldovan est professeur titulaire à la Faculté de médecine dentaire au Département de Stomatologie et chercheuse au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine. Le Dr Pierre Drapeau est professeur au Département de neurosciences de l'Université de Montréal et chercheur au centre de recherche du CHUM.

Vidéo sur les travaux du Dr Kessen Patten sur la scoliose idiopathique

 

 

Personne-ressource auprès des médias

William Raillant-Clark
Attaché de presse à l'international
Université de Montréal
Tél. : 514 343-7593w.raillant-clark@umontreal.ca