L'enfant avec un TDAH résout les problèmes à sa façon

  • Forum
  • Le 2 février 2015

  • Dominique Nancy

La façon dont un enfant exécute les tâches diffère selon qu’il a ou non un trouble déficitaire de l’attention.

 

On connaît bien de nos jours les symptômes du trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Ce problème se caractérise par un déficit de certaines fonctions exécutives pouvant se manifester par une difficulté à se concentrer ou à demeurer concentré sur une tâche, une bougeotte continuelle et de l'impulsivité.

 

Mais la description des patrons de performance dans le temps est encore lacunaire et c'est là que le travail de Bruno Gauthier s'avère utile.

 

«La façon dont un enfant exécute les tâches diffère selon qu'il a ou non un TDAH, dit le professeur du Département de psychologie de l'Université de Montréal. En témoigne son mode de fonctionnement cognitif. Pourtant, dans les évaluations neuropsychologiques, on recourt surtout à des tests dont les résultats reflètent la performance globale, c'est-à-dire le nombre total de bonnes réponses. Moi, j'ai voulu savoir comment ces enfants procèdent pour y arriver.»

Cet amateur d'intelligence artificielle a une approche particulière pour aborder son objet d'étude. Il a fait appel à des algorithmes sophistiqués nommés «réseaux de neurones artificiels» parce qu'ils s'inspirent du fonctionnement du cerveau. Cette intelligence-machine, basée sur des modèles mathématiques, se trouve notamment derrière les moteurs de recherche du Web, l'analyse produits-clients et la reconnaissance automatique de la voix et de l'écriture.

Bruno Gauthier Le chercheur a soumis 71 jeunes âgés de 8 à 12 ans (34 avec TDAH et 37 sans) à une tâche de fluidité graphique qui consiste à produire dans un délai de cinq minutes le plus de dessins possible en reliant des points entre eux. La performance des enfants était évaluée toutes les minutes en comptabilisant leur production entre chaque intervalle de temps.

En combinant réseaux de neurones et modèles traditionnels d'analyse statistique, le chercheur a démontré que la quantité totale de dessins est sensiblement la même chez tous les enfants. Le sexe n'a par ailleurs pas d'effet sur la réalisation de la tâche. Par contre, le mode de fonctionnement des jeunes ayant un TDAH, bien que variable d'un enfant à l'autre, est distinct. Les analyses de Bruno Gauthier révèlent que leur impulsivité, contrairement à ce qu'on pourrait croire, ne les amène pas à commencer le travail à toute vitesse. Au contraire. «Ils prennent en moyenne plus de temps à se mettre à la tâche et à s'organiser», souligne le chercheur, qui compte neuf années d'expérience à titre de clinicien. «Ceux qui n'ont pas de déficit attentionnel se mettent rapidement au travail, puis leur production diminue graduellement, alors que les autres entament la tâche plus lentement et leur performance fluctue dans le temps», précise-t-il.

À son avis, la fluctuation dans la production est l'indice d'une difficulté à fixer son attention sans discontinuité. «Les sujets aux prises avec un TDAH peinent souvent à maintenir leur attention à un niveau optimal, indique-t-il. Tout comme ils sont facilement distraits par des stimulus parasites. Par exemple écouter le professeur sans tenir compte des bavardages de leurs camarades.»

Tablette et mesures électrophysiologiques

La prochaine étape sera de vérifier si la motricité fine peut influencer la performance des jeunes souffrant d'un TDAH. M. Gauthier remplacera la tâche papier-crayon par l'écran de la tablette électronique. Il procédera également à des mesures électrophysiologiques du cerveau des sujets en action. «L'idée est d'avoir des données plus précises, notamment pour ce qui est des accélérations et décélérations motrices, et de comparer les résultats entre les groupes, explique-t-il. Cela devrait permettre de voir s'il y a des problèmes dans les commandes motrices que le cerveau envoie, mais aussi de mieux comprendre la source des fluctuations de performance dans le TDAH.»

Pour le chercheur, les données récentes, bien que préliminaires, ouvrent la voie à une nouvelle approche pour améliorer notre compréhension du fonctionnement du cerveau des personnes qui ont un TDAH. Elles signalent entre autres l'utilité des mesures de la performance en continu et non seulement de façon globale. Les résultats de sa recherche ont récemment été publiés dans la revue Child Neuropsychology.

Dominique Nancy