Non, tu ne veux pas mourir!

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  • Le 2 février 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé

Au Québec, 1105 suicides sont rapportés chaque année. Cela représente 3 suicides par jour.Un étudiant se présente en pleurs au secrétariat de son département. Visiblement, ça ne va pas. Que faire? «Reconnaître la détresse, c'est déjà quelque chose. Savoir poser les gestes rassurants, c'est encore mieux», résume la psychologue Sylvie Corbeil, qui s'intéresse au sujet depuis plus de 20 ans à titre de clinicienne mais aussi de chercheuse, puisqu'elle a soutenu, en 2005 à l'Université de Montréal, un doctorat sur le deuil à la suite de suicides.

 

Si tous les sentiments de détresse ne mènent pas au geste fatal, il ne faut pas hésiter à intervenir lorsqu'on a des craintes. «Devant un suicidaire, on est tous nerveux, même lorsqu'on a une bonne expérience en la matière. On doute de ses capacités à aider; on se sent impuissant. Mais il ne faut pas croire qu'on ne peut rien faire. Au contraire.»

La spécialiste ajoute que la plupart des gens possèdent une «compétence naturelle» à aider. «Un parent qui voit arriver son enfant en crise sait généralement trouver les mots pour l'apaiser; pourquoi serait-ce différent avec des inconnus?»

En tout temps, le Centre de santé et de consultation psychologique de l'Université de Montréal (CSCP) compte un psychologue de garde capable de répondre aux urgences (téléphone : 6452). De plus, le personnel de l'Université qui côtoie des étudiants en difficulté peut recevoir des conseils personnalisés d'un psychologue en composant le 1779, la ligne téléphonique 1-PSY.

Connaître l'existence de ces ressources pour les utiliser quand le besoin se fait sentir, c'est important, précise Mme Corbeil. Encore faut-il que les employés aient accès à cette information. Le CSCP a offert à la Direction des ressources humaines de présenter un atelier-conférence sur la prévention du suicide en milieu universitaire auprès des employés, professeurs et chargés de cours. La rencontre aura lieu le 6 février au 3200, rue Jean-Brillant. En 24 heures, les 100 places étaient réservées. «La réponse a été immédiate et j'en suis très contente, car cela signifie que les gens se sentent concernés par cette question.»

Une tendance à la baisse

Le Québec a longtemps figuré parmi les sociétés où le taux de suicide était le plus élevé d'Occident. La tendance est à la baisse depuis les années 2000. Aujourd'hui, on dénombre 13,7 suicides par tranche de 100 000 habitants (statistique de 2011), contre 22,2 en 1999. «C'est une tendance générale, qu'on observe un peu partout dans les pays de l'OCDE», mentionne Mme Corbeil.

Sylvie CorbeilCe qui explique cette bonne nouvelle? «Je me pose moi-même la question, dit en riant Sylvie Corbeil. J'ose croire que les campagnes de prévention et les mesures de dissuasion ont porté quelques fruits.»

Les études démontrent en tout cas que la disponibilité des moyens d'attenter à ses jours a une incidence directe sur le nombre de suicides. Le fait d'avoir sous la main une arme à feu, par exemple, décuple les risques de passage à l'acte. Et à l'opposé il semble que l'ajout de clôtures pratiquement infranchissables sur la voie piétonne du pont Jacques-Cartier a atteint son but : autrefois endroit privilégié des suicidaires, le pont enjambant le Saint-Laurent par l'île Sainte-Hélène n'est plus qu'exceptionnellement le théâtre de telles tragédies.

Il n'en demeure pas moins que 1105 suicides et 28 000 tentatives sont rapportés chaque année au Québec. Cela représente 3 suicides et 77 tentatives par jour. Les hommes comme les femmes entretiennent des pensées suicidaires, mais on trouve trois fois plus d'hommes qui meurent après avoir mis leur projet à exécution. Fait nouveau, ce ne sont plus les jeunes hommes qui détiennent le triste record mais la tranche des 35-49 ans. Chez les femmes, ce sont les 50 à 64 ans qui se suicident le plus.

Toutefois, les jeunes (15-24 ans) sont encore ceux qui ont le plus de pensées suicidaires et font le plus de tentatives...

Et les étudiants?

Bien que des statistiques fiables fassent encore défaut dans ce domaine, il semble que le phénomène en milieu universitaire suive la tendance générale. Il y aurait donc une diminution sensible du nombre de suicides dans les universités. «Il faut demeurer vigilant. Le suicide est le plus souvent le dernier acte d'une longue série d'épisodes dépressifs ou de détresse psychologique. D'où l'importance de réagir vite et d'avoir des outils pour ce faire», indique Mme Corbeil.

Les périodes d'examen sont des moments où le nombre d'étudiants qui vivent des situations d'impuissance et d'angoisse augmente. Et, dans la population en général, on note aussi une hausse des appels durant les mois de novembre et de mars à Suicide Action Montréal notamment.

Le Centre de santé et de consultation psychologique de l'UdeM regroupe près de 30 psychologues, dont 6 psychologues permanents et une vingtaine de psychologues contractuels, aptes à accompagner les personnes en état de souffrance. La spécialiste rappelle d'ailleurs que l'accompagnement d'un individu en crise peut être déstabilisant. L'aidant ne doit pas hésiter à faire appel à des services de soutien psychologique.

Mathieu-Robert Sauvé