Schizophrénie et prise de poids: une nouvelle explication

Les cannabinoïdes seraient à l'origine de la prise de poids observée chez les personnes atteintes de schizophrénie et traitées avec l'antipsychotique olanzapine.

Les cannabinoïdes seraient à l'origine de la prise de poids observée chez les personnes atteintes de schizophrénie et traitées avec l'antipsychotique olanzapine, selon une étude-pilote publiée dans Journal of Clinical Psychopharmacology par des chercheurs de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal et de l'Université de Montréal.

 

«Le cannabis produit ses effets psychoactifs par le biais des cannabinoïdes endogènes, qui sont des molécules chimiques présentes dans le cerveau»,  déclare Stéphane Potvin, premier auteur et chercheur à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal et au Département de psychiatrie de l'Université de Montréal. «Nos données préliminaires suggèrent que les cannabinoïdes endogènes seraient impliqués dans la prise de poids chez les personnes atteintes de schizophrénie, en agissant notamment dans certaines parties spécifiques du cerveau».

L'équipe de monsieur Potvin a récemment étudié le comportement alimentaire de 15 personnes atteintes de schizophrénie traitées pendant 16 semaines avec l'olanzapine, un antipsychotique de type atypique réputé pour stimuler l'appétit. Ces participants ont visionné des images neutres ou destinées à stimuler leur désir de manger durant un examen d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), avant et après 16 semaines de traitement avec l'olanzapine. En parallèle, leurs niveaux sanguins de glycémie à jeun, d'insuline et de lipides ont été mesurés, de même que leurs niveaux de cannabinoïdes endogènes.

Résultats

Après le traitement, les chercheurs ont observé chez les sujets une hyperactivité de l'amygdale (région limbique) de l'hémisphère gauche, comparativement au groupe témoin constitué de sujets sains. Ces changements cérébraux ont été associés à une augmentation des niveaux de glucose, de triglycérides et d'anandamide, le principal neurotransmetteur cannabinoïde. Pendant le traitement, les participants ont également pris du poids et ont présenté moins de symptômes positifs (délires et hallucinations). L'analyse statistique, quant à elle, suggère une implication de l'anandamide dans l'hyperactivation de l'amygdale chez ceux qui ont visionné des images stimulant l'appétit.

«Ce résultat est cohérent avec la littérature scientifique rapportant que l'augmentation des cannabinoïdes, et en particulier de l‘anandamide, est impliquée dans l'aspect motivationnel du comportement alimentaire. C'est aussi cohérent avec le fait que le cannabis augmente l'appétit, un phénomène que les consommateurs connaissent fort bien, et qu'on appelle les munchies,» explique Stéphane Potvin. «À notre connaissance, c'est la première étude de neuroimagerie qui rapporte un lien entre les niveaux d'anandamide et un trouble du comportement alimentaire chez des personnes atteintes de  la schizophrénie. Cependant, rien ne prouve qu'il existe un lien de cause à effet. Ces résultats préliminaires devront être confirmés avec des échantillons plus importants. Ils permettraient de mieux comprendre la prise de poids associée au traitement de la schizophrénie par des antipsychotiques. Il s'agit d'une problématique clinique préoccupante, puisque certains antipsychotiques ont des effets secondaires métaboliques importants,» conclut le chercheur.

À propos de cette étude

Potvin S, Lungu OV, Stip E. Anandamide is involved in appetite-related amygdala hyperactivations in schizophrenia patients treated with olanzapine: a functional magnetic resonance imaging study. J Clin Psychopharmacol. 2015 Feb; 35:82-3.

Stéphane Potvin est chercheur Centre de recherche de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal et professeur agrégé au Département de psychiatrie de l'UdeM. Il est titulaire de la Chaire Eli Lilly de la schizophrénie de l'Université de Montréal.

Les résultats sont issus d'une étude clinique (No NCT00290121) menée par Eli Lilly Canada et d'une subvention des Instituts de recherche en santé du Canada (CSU105837).

Renseignements

Catherine Dion
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