La poussière de bois peut causer le cancer du poumon

  • Forum
  • Le 9 février 2015

  • Dominique Nancy

Jack SiemiatyckiSi toucher du bois préserve du mauvais sort, respirer de la poussière de bois est nocif pour la santé. «Le risque de souffrir d'un cancer du poumon est d'autant plus grand que la durée et l'intensité de l'exposition à la poussière de bois ont été importantes», signale l'épidémiologiste Jack Siemiatycki.

 

Le professeur du Département de médecine sociale et préventive et titulaire de la Chaire de recherche Guzzo-Société de recherche sur le cancer de l'Université de Montréal vient de publier dans le journal Environmental Health les résultats d'une étude d'envergure menée en collaboration avec son étudiant au doctorat Éric Vallières auprès de 4369 personnes atteintes d'un cancer et de sujets témoins.

Les chercheurs ont relevé tous les cas de cancer de la région de Montréal entre 1979 et 1986 ainsi que de patients ayant reçu un diagnostic de cancer du poumon entre 1996 et 2001. Par la suite, avec l'appui d'une équipe d'hygiénistes industriels et de chimistes, ils ont interrogé les participants sur leur parcours professionnel. «On a examiné chaque emploi pour toutes les personnes afin de déterminer quel était le niveau d'exposition associé», précise le professeur. La poussière de bois était l'une des 300 substances ciblées.

En comparant la fréquence des cancers dans les groupes d'individus exposés et non exposés, incluant les volontaires du groupe témoin qui n'avaient pas de cancer, l'équipe du professeur Siemiatycki a pu établir un lien statistique qui est vraisemblablement causal. Ses conclusions ne laissent pour ainsi dire planer aucun doute : le risque de cancer du poumon est de 40 à 70 % plus grand chez les travailleurs les plus exposés. Ce risque augmente avec la durée et l'intensité de l'exposition à la poussière de bois.

«Si on prend tous les gens exposés en ignorant la durée et l'intensité de l'exposition, la différence est faible entre les groupes, indique l'épidémiologiste de renommée internationale. Mais, lorsqu'on isole les sujets fortement exposés, on voit que la prévalence de la maladie est plus élevée. Tous ces individus ont d'ailleurs reçu un diagnostic de cancer du poumon. Cela nous permet d'estimer le risque des gens exposés comparativement à ceux qui ne le sont pas, et cela, en considérant le tabagisme et les autres facteurs susceptibles de causer les cancers.»

Les professionnels les plus concernés sont les menuisiers, les ébénistes, les bûcherons et les travailleurs du milieu de la construction.

Moyens préventifs

Rappelons que la poussière de bois est libérée lors de diverses opérations : rabotage, sciage, ponçage... Sa composition varie selon l'espèce de bois – dure ou tendre ? et les traitements reçus lorsque le bois est manufacturé. La poussière de bois peut ainsi contenir toutes sortes de produits chimiques dérivés des vernis, colles, peintures, teintures et agents antifongiques utilisés. Les travailleurs peuvent y être exposés par voie respiratoire ou cutanée, ce qui est susceptible d'entraîner à long terme des allergies, des troubles respiratoires ou le cancer.

«On savait déjà que la poussière de bois pouvait causer le cancer nasosinusal, souligne M. Siemiatycki. Mais ce cancer est très rare dans la population.» Son étude est la première à démontrer un lien causal avec le cancer des poumons chez l'être humain.

Le professeur recommande l'instauration de mesures de prévention collective afin de réduire l'exposition au maximum. Les équipements qui permettent de capter la poussière de bois «à la source» sont efficaces. Ils ne sont toutefois pas toujours utilisables. C'est le cas notamment pour certains outils portatifs comme la ponceuse, la toupie et la perceuse. Le port de masques antipoussières avec cartouche filtrante est alors conseillé.

Dominique Nancy