L'esclavage des Noirs au Canada

  • Forum
  • Le 9 février 2015

  • Martin LaSalle

En ce mois de l'histoire des Noirs, Forum vous présente une brève histoire de l'esclavage des Noirs au Canada.

 

Ce tableau, daté de 1786 et aujourd’hui connu sous le nom de Portrait d’une femme haïtienne, est l’œuvre de l’artiste canadien-français François Malépart de Beaucourt. Selon Historica Canada, il «constitue la représentation picturale la plus objective et la plus détaillée d’un esclave noir réalisée pendant la période historique que vivent le Québec et le Canada dans ces années-là». (Photo: Musée McCord)

En ce mois de l'histoire des Noirs, Forum vous présente une brève histoire de l'esclavage des Noirs au Canada.

Le premier Africain dont on découvre la trace au Canada est Mathieu da Costa. C'était un homme libre qui a servi d'interprète auprès de Samuel de Champlain en 1605 : outre sa langue africaine d'origine, il pouvait s'exprimer en français, en espagnol et en portugais. Dès leur arrivée en Amérique du Nord, il a pu communiquer avec le peuple micmac, laissant ainsi supposer qu'il s'était rendu au Canada avant 1605. Son talent a aidé les Français à établir des échanges commerciaux et à installer une population au Canada.

Un premier esclave noir

Le premier Noir recensé en tant qu'esclave est Olivier le Jeune, débarqué en Nouvelle-France en 1628. À l'âge de six ans, il avait été acquis à Madagascar par sir David Kirke, un corsaire qui devint gouverneur de Terre-Neuve.

Jusqu'à la fin du Régime français, en 1759, le nombre d'esclaves africains augmenta pour atteindre 1500. Avec la proclamation du «Code noir» par le roi Louis XIV, en 1685, la pratique de l'esclavage était considérée comme légale en Nouvelle-France. Des esclaves africains furent alors envoyés au Canada à partir des Antilles françaises et des colonies britanniques. La plupart se trouvaient près de Montréal et de la ville de Québec, ainsi qu'à l'île du Cap-Breton et en Nouvelle-Écosse. Ils travaillaient comme domestiques et en agriculture.

Il semble que, en général, les esclaves noirs étaient mieux traités au Canada qu'aux États-Unis, notamment parce que l'économie étaient basée sur la fourrure plutôt que sur les plantations de tabac et de coton.

Le régime britannique

Pour les esclaves, l'avènement du régime britannique en 1760 n'apporte pas de changements. L'une des clauses de la capitulation confirme le droit des notables de garder leurs esclaves. Seule différence : désormais les esclaves ne sont plus systématiquement francophones; d'ailleurs, la révolution américaine qui éclate en 1776 amène une nouvelle immigration noire, des esclaves mais aussi des hommes libres, les premiers réfugiés du Canada.

Beaucoup de Noirs esclaves quittent alors leur maître et suivent les militaires britanniques qui leur offrent la liberté en échange de leur participation aux combats. De sorte que, en 1783, 3000 Noirs arrivent en Nouvelle-Écosse et, l'année suivante, d'autres viennent s'établir dans les Cantons-de-l'Est pour fonder Saint-Armand.

Une abolition qui tarde à venir

En 1789, la toute jeune Révolution française abolit l'esclavage sur son territoire. En janvier 1793, Pierre-Louis Panet soumet au Parlement de Québec un premier projet d'abolition de l'esclavage. Mais le projet est relégué aux oubliettes : sur 50 députés, 12 possèdent des esclaves...

Au cours de la même année, le Haut-Canada devient la seule colonie à légiférer sur l'abolition (bien que graduelle) de l'esclavage : en interdisant les nouveaux arrivages d'esclaves, l'esclavage décline. Au Québec, il disparaît dans les faits avant son abolition définitive et légale en 1834, lorsque l'Angleterre décrète qu'il n'aura plus cours dans ses colonies.

Au moment de cette abolition, on dédommage les propriétaires d'esclaves pour leurs pertes de «propriétés», mais on ne rembourse toutefois pas les Africains pour la perte de leur histoire, de leur culture, de leur patrimoine et de leur terre d'origine, ni pour leurs nombreuses années de labeur non rémunéré. Il fut décidé que la liberté accordée leur suffisait...

On estime que, sur une période de 125 ans, il y a eu environ un millier d'esclaves noirs au Canada.

«L'esclavage au Canada n'a pas du tout eu la même ampleur qu'aux États-Unis, où de 1619 à 1865 on évalue qu'il y a eu quatre millions d'esclaves noirs, indique Evelyn Lockett, doctorante en histoire à l'Université de Montréal et chercheuse à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. De nos jours, lorsqu'on évoque l'histoire des Noirs, on insiste moins sur l'esclavage que sur leur contribution à la construction du pays.»

Martin LaSalle

Cet article est une adaptation des sources ci-dessous :

     

  • Claude Marcil, «Petite histoire des Noirs du Québec», Le Kiosque Médias, [En ligne], 16 février 2010.
  • Historica Canada, «Histoire des Noirs au Canada», [En ligne].
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D'où vient le Mois de l'histoire des Noirs?

C'est l'historien américain Carter G. Woodson qui, en 1926, est l'instigateur de la Semaine des Noirs aux États-Unis. Cette commémoration a lieu en février parce que ce mois correspond au mois d'anniversaire de naissance de deux grands abolitionnistes de l'esclavage, Frederick Douglas et Abraham Lincoln. La Semaine des Noirs est devenue le Mois de l'histoire des Noirs en 1976, à l'occasion des festivités du bicentenaire américain.

Au Québec, c'est une loi entrée en vigueur le 1er février 1977 qui a fait du mois de février le Mois de l'histoire des Noirs, notamment pour rappeler que, depuis plus de 300 ans, les générations successives de Québécois des communautés noires font profiter le Québec de leur savoir-faire, de leurs talents et de leurs visions dans toutes les sphères d'activité.

Source : ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion du Québec.