L'homéopathie à l'épreuve de la science

  • Forum
  • Le 9 février 2015

  • Dominique Nancy

(Photo: Thinkstock)Nombreux sont les témoignages de personnes qui s'estiment guéries par le recours aux petits granules homéopathiques. Cette médecine douce prétend traiter toutes sortes de maux, de l'insomnie au rhume en passant par les allergies, l'anxiété et le déficit de l'attention. Mais l'efficacité de l'homéopathie a-t-elle été prouvée scientifiquement?

 

C'est la question que s'est posée Serge Larivée, qui en a fait l'objet d'une analyse parue dans le dernier numéro de la Revue de psychoéducation. «J'ai été mis au courant par des psychoéducateurs que des parents recouraient à des produits homéopathiques pour aider leur enfant qui avait des problèmes d'apprentissage, raconte le professeur de l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal. J'ai voulu en savoir plus.»

En se basant sur une bibliographie riche, Serge Larivée et ses collègues passent à la moulinette des essais cliniques et des ouvrages sur l'homéopathie, très en vogue actuellement. Verdict? L'homéopathie ne guérit rien du tout! Même aux yeux des plus optimistes, son effet ne se résume qu'à celui d'un placébo. «Pour l'heure, les résultats des recherches sérieuses en homéopathie tendent plutôt à démontrer l'inefficacité des produits homéopathiques», affirme le professeur.

L'une des autres forces de son analyse, c'est son intérêt pour les concepts empruntés aux sciences dures que les homéopathes utilisent «pour tenter de faire sérieux». «C'est le cas du concept de la mémoire de l'eau, que des homéopathes ont tenté de récupérer à leur profit pour justifier l'activité de leurs produits même lorsque la dilution de ceux-ci est telle qu'ils ne contiennent plus de molécules actives», indique M. Larivée.

Si diluée qu'il ne reste rien

Rappelons que les traitements homéopathiques sont obtenus à partir de la dilution d'une solution contenant une substance active qui nécessite à chaque étape une préparation «particulière»... La solution doit être agitée! Or, au terme de cette dilution, il est scientifiquement impossible qu'il subsiste la moindre molécule active. Cela en vertu d'une loi de la physique énoncée dès 1811 par le chimiste italien Amedeo Avogadro. «Que l'homéopathie marche, c'est-à-dire qu'une substance demeure active même s'il n'en reste plus une seule molécule, et cette loi d'Avogadro devrait alors être remise en question, signale le professeur Larivée. Vu les répercussions possibles, l'affaire ne passerait pas inaperçue!»

Comment expliquer alors que plusieurs croient que l'homéopathie puisse guérir ou même avoir un effet thérapeutique supérieur à celui d'un simple effet placébo? «Difficile à dire, répond Serge Larivée. Tenter de convaincre un utilisateur de l'inefficacité des produits homéopathiques revient à tenter de convaincre des croyants que Dieu n'existe pas.»

Problèmes éthiques

Dans son étude, il soulève aussi quelques problèmes éthiques, soulignant que les risques associés à la prescription des produits homéopathiques et à l'utilisation des «vaccins» de même nature ne sont pas sans conséquence. Pourquoi n'est-il pas anodin que des gens investissent dans des substances inertes? «Le problème éthique survient quand certains homéopathes incitent leurs patients à délaisser leurs médicaments allopathiques au seul profit de leurs produits [...], écrit Serge Larivée. Si, de surcroît, l'homéopathe dénigre les remèdes de la médecine traditionnelle et promeut le marché homéopathique, il annule la possibilité d'un traitement médical efficace.»

Le professeur Larivée rappelle qu'au Canada, depuis 2004, les remèdes homéopathiques font partie des produits de santé naturels (PSN). «Ils obéissent non pas à la réglementation des médicaments, mais à celle des PSN. Cette réglementation est de loin bien moins contraignante que celle régissant les médicaments et ne nécessite pas d'essais cliniques avant la mise en marché», déplore-t-il.

Dans une lettre parue en 2014 dans la revue Le Québec sceptique et reproduite dans l'article de M. Larivée, Les sceptiques du Québec mentionnaient que «Ce dont notre société a besoin, c'est une médecine efficace, qui aide des millions d'enfants partout sur la planète à vivre en santé, mais cette médecine doit respecter le paradigme scientifique, et non simplement recourir à une chimère nommée “homéopathie”, sans preuve que la chose fonctionne réellement.»

Dominique Nancy

 

S. Larivée, C. Sénéchal et J.-L. Brazier, «Le nombre d'Avogadro en prend pour son rhume : l'homéopathie en question», Revue de psychoéducation, vol. 43, no 2, p. 349-386.