La musique peut réduire le stress, veut démontrer Nathalie Gosselin

  • Forum
  • Le 16 février 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé

Nathalie Gosselin cherche une façon non pharmaceutique de lutter contre le stress. Pourquoi pas la musique?

 

Plus d'un Canadien sur cinq, soit 6,4 millions de personnes, déclare que ses journées sont «assez stressantes» ou «extrêmement stressantes», selon Statistique Canada. La musique peut-elle être un moyen d'atténuer les effets du stress sur la santé?

 

«La littérature scientifique rapporte que oui, ça marche... parfois», résume la neuropsychologue Nathalie Gosselin, professeure au Département de psychologie de l'Université de Montréal.

 

Avec son équipe au Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son, elle a tout récemment entrepris une grande étude sur la question en milieu contrôlé. «Nous allons vérifier dans un premier temps dans quelle mesure la musique peut diminuer les effets du stress. Ensuite, nous allons tenter de voir quels types de musique sont les plus efficaces.»

Un projet pilote a permis de poser les jalons d'une recherche de plus grande envergure qui prend son envol ces jours-ci. Menée auprès de 20 sujets à l'Université du Québec à Trois-Rivières, où Mme Gosselin a occupé un poste au cours des deux dernières années avant de revenir à l'Université de Montréal faire des études aux cycles supérieurs, cette étude a permis de déterminer quels extraits musicaux pouvaient avoir une influence sur le stress.

Une soixantaine d'étudiants d'université seront sélectionnés pour l'étude de Mme Gosselin. «Si la musique avait une incidence documentée sur la gestion du stress, ce serait une avancée importante, estime la chercheuse, également neuropsychologue clinicienne. La musique est facilement accessible à des coûts minimes, et des séances d'écoute seraient une avenue complémentaire intéressante aux solutions pharmaceutiques.»

La méthodologie est plus complexe qu'elle en a l'air, car la musique agit différemment sur les auditeurs. La voix de Maria Callas peut émouvoir aux larmes un mélomane, mais faire damner un amateur de rock. «On peut tout de même arriver à des consensus sur les effets de divers genres de musique et estimer à postériori l'évaluation émotionnelle subjective des musiques», prétend la chercheuse. On veut donc désigner les «caractéristiques émotionnelles des musiques les plus susceptibles de réduire les réactions et le stress engendrés en laboratoire».

Stressez votre sujet

Comment fait-on pour mesurer cette corrélation? On provoque une situation stressante (comme prononcer un discours) chez le sujet et on tente de le calmer ensuite dans la salle d'écoute. Différentes variables sont alors prises en compte, dont les résultats d'un questionnaire sur les bienfaits des mélodies. De plus, des marqueurs biologiques, tels que le réflexe de sursaut et le rythme cardiaque, seront utilisés.

La recherche, la première du genre, tentera de combler une lacune maintes fois observée par la chercheuse : isoler les variables «stress» et «musique» dans une population normale. On a trop souvent associé la douleur à ces variables, en étudiant par exemple l'effet de la musique après une chirurgie ou un accouchement. «On remarque que peu d'études visent à [analyser] l'influence de la musique sur le stress dans un contexte hors clinique. Les variabilités semblent également conséquentes de l'hétérogénéité des musiques présentées ou d'une sélection musicale arbitraire», peut-on lire dans le résumé de sa recherche financée par le programme Savoir du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

La musique avant les pilules

Le phénomène sera testé d'abord auprès de sujets sains, mais l'objectif à long terme est de proposer une «posologie» musicale à des enfants, adultes et aînés aux prises avec des problèmes de santé mentale (tels les troubles anxieux). Nathalie Gosselin est bien placée pour en parler, puisqu'elle a travaillé avec des clientèles atteintes de troubles mentaux, notamment au Programme d'autisme de l'Hôpital Rivière-des-Prairies.

Il y a longtemps que Nathalie Gosselin tente de faire la lumière sur les liens complexes entre le cerveau et les émotions. Elle a entre autres démontré le rôle clé d'une petite structure du cerveau, l'amygdale, dans la perception de la peur suscitée par la musique (voir l'article de Forum «Même pas peur!» du 3 octobre 2011). Elle a étudié aussi la perception neurologique des sons, de la voix et des visages relativement aux émotions.

La recherche de Mme Gosselin ne répondra pas à toutes les questions, mais elle ouvrira peut-être la porte à de «futurs projets de recherche directement dans les milieux d'enseignement et de travail, chez les étudiants et les travailleurs qui vivent souvent un niveau élevé de stress», dit le résumé du projet.

Nathalie Gosselin, en tout cas, utilise depuis quelques années déjà la musique pour alléger les effets du stress dans sa vie. «J'aime plusieurs genres musicaux, mais la musique classique me fait un bien immense.»

Elle s'émeut à la simple évocation de son dernier voyage à New York, où elle a assisté à une représentation de La Traviata, de Giuseppe Verdi, au Metropolitan Opera. «J'en ai encore la chair de poule», confie-t-elle.

Mathieu-Robert Sauvé