Christian Baron se penche sur la résistance aux antibiotiques

Christian Baron dans son laboratoire à l'Université de Montréal. Image : UdeMÀ la fois professeur, chercheur et directeur du Département de biochimie et médecine moléculaire de l'Université de Montréal, Christian Baron étudie la dynamique cellulaire des complexes protéiques, plus particulièrement du système de sécrétion de type IV chez les bactéries pathogènes.

 

Un sujet qui relève de la recherche fondamentale, mais qui pourrait bien un jour permettre de remédier à l'un des problèmes les plus préoccupants de notre époque dans le domaine de la santé : la résistance aux antibiotiques. «Beaucoup de procédures de la médecine moderne, comme les opérations et les transplantations d'organes, nécessitent une protection contre les maladies infectieuses, une protection qui est actuellement menacée en raison de la résistance grandissante des bactéries aux antibiotiques. L'efficacité des antibiotiques est d'ailleurs menacée à travers la planète comme récemment constatée par la WHO (World Health Organization), explique M. Baron, qui est né à Toronto, mais a grandi en Allemagne, terre natale de ses parents, où il a fait toutes ses études en microbiologie jusqu'au doctorat. Le but de mes travaux est de développer de nouveaux médicaments dits “anti-virulence” qui permettront de neutraliser les bactéries pour qu'ils puissent être éliminés par le système immunitaire.»

Cette approche exige d'abord une meilleure compréhension du mécanisme par lequel les bactéries infectent les cellules utilisant le fameux système de sécrétion. «Il en existe huit types assez distincts dans différentes bactéries et nous nous intéressons au type IV, indique Christian Baron, qui a fait son postdoctorat sur ce sujet à l'Université de la Californie à Berkeley dans les années 1990. Les bactéries munies de ce système portent une seringue à leur surface qu'elles emploient pour injecter des toxines dans les cellules hôtes. Notre objectif est d'abord de comprendre comment cette machinerie fonctionne pour ensuite trouver un moyen de l'inhiber.» Une fois sa seringue désactivée, la bactérie deviendrait inoffensive et donc incapable de causer des maladies. «L'image que j'ai trouvée pour illustrer ce phénomène, c'est celle de Darth Vader à qui on aurait enlevé son armure et son sabre laser», raconte le chercheur, qui a enseigné à l'Université de Munich, en Allemagne, puis à l'Université McMaster, en Ontario, avant de se joindre à l'Université de Montréal en 2008.

La seringue des bactéries dotées du système de sécrétion de type IV leur sert également à transférer les gènes qui leur permettent de résister aux antibiotiques. «C'est un autre aspect sur lequel mon équipe et moi avons décidé de nous pencher, révèle M. Baron, dont le laboratoire est le seul au Canada à étudier le système de sécrétion de type IV. Nous travaillons présentement sur un projet visant à trouver des agents pour bloquer ces transferts, ce qui serait un autre moyen d'enrayer la résistance aux antibiotiques.»

Le biochimiste tient tellement à dénicher une solution à ce fléau qu'il a même décidé, il y a trois ans, de changer la bactérie qu'il utilise pour effectuer ses recherches. «J'employais une bactérie qui cause des maladies dans d'autres pays, mais qui n'est pas très pertinente pour la santé des humains en Amérique du Nord, précise-t-il. J'ai choisi de passer à l'Helicobacter pylori, qui est présente dans l'estomac de la moitié de la population et peut provoquer des gastroentérites de même que des cancers, parce que c'était important pour moi que mes travaux aient éventuellement des applications concrètes.»

Lorsqu'il n'est pas dans son laboratoire ou en classe ou au bureau, Christian Baron profite des excursions à vélo sur la montagne et de la culture gastronomique de Montréal, une caractéristique de la métropole québécoise qu'il apprécie tout particulièrement puisqu'elle lui rappelle l'Europe. Il se tient également au courant de l'actualité politique, sa deuxième grande passion après la science. «Quand j'étais en Allemagne, j'ai déjà envisagé la possibilité de faire le saut en politique, confie-t-il. Aujourd'hui, je me contente de rester informé, même si c'est parfois un peu irritant. En fait, je dis souvent qu'il est moins agaçant de suivre les frasques de Justin Bieber qu'une campagne électorale.»

C'est probablement sa passion pour la politique qui a mené à son implication à la Société canadienne pour les Biosciences moléculaires (SCBM), une société scientifique ayant un mandat de promouvoir l'importance de la recherche biomédicale. Il est le président de cette société depuis juillet 2014, ce qui lui donne l'opportunité de prêcher en faveur de l'augmentation du financement de la recherche scientifique auprès des politiciens. «C'est une autre façon de frapper aux portes et d'avoir un impact positif!»

Source : Faculté de médecine