Comment fonctionne l'intelligence artificielle?

  • Forum
  • Le 23 février 2015

  • Martin LaSalle

Qu'elle soit naturelle ou artificielle, «l'intelligence est d'abord et avant tout la capacité de prendre des décisions, ce qui nécessite des connaissances, et ces connaissances peuvent être acquises par l'expérience ou bien transmises directement», indique Yoshua Bengio, professeur titulaire au Département d'informatique et de recherche opérationnelle de l'Université de Montréal.

À l'origine, dans les années 50 et 60, le Britannique Alan Turing et d'autres chercheurs ont tenté de reproduire l'intelligence chez les machines en leur inculquant des connaissances précises. À l'époque, ils essayaient de transmettre directement ces connaissances à l'ordinateur en lui demandant de résoudre des problèmes par la logique pure – croyant que l'être humain raisonnait uniquement de cette façon. C'est le concept de l'intelligence artificielle classique.

Or, l'humain n'est pas que logique : il est aussi intuition... Et toutes ses connaissances ne sont pas explicites. C'est pourquoi l'approche classique n'a pas fonctionné.

Aussi, à partir des années 80, les chercheurs ont adopté une démarche basée sur l'apprentissage automatique. Aujourd'hui, cette approche domine le monde de la recherche.

«L'ordinateur a besoin d'un bagage de connaissances qu'il acquiert par lui-même grâce à des algorithmes qui lui permettent d'ajuster graduellement des centaines de millions de paramètres au fur et à mesure qu'on lui montre un grand nombre d'exemples», poursuit M. Bengio, qui est aussi titulaire de la Chaire industrielle CRSNG-Ubisoft en apprentissage de représentations pour les jeux vidéo immersifs.

Un algorithme, c'est une commande passée dans un langage compréhensible pour l'ordinateur. Un algorithme d'apprentissage informe la machine sur la manière de se modifier quand on lui présente, disons, des images dans le but de mieux les interpréter à l'avenir.

Champs d'application de l'intelligence artificielle

Les champs d'application de l'intelligence artificielle (IA) sont nombreux.

«Par exemple, les moteurs de recherche tel Google utilisent l'intelligence artificielle et l'apprentissage automatique pour interpréter nos requêtes et proposer des documents, des images, des vidéos et les publicités qui se rapprochent le plus de nos champs d'intérêt personnels, illustre Yoshua Bengio. Même chose pour les téléphones mobiles qui, grâce à l'intelligence artificielle, proposent la reconnaissance de la parole, l'une de ses évolutions récentes.»

L'IA est aussi employée dans les secteurs bancaire (pour évaluer le risque lié à l'attribution d'un crédit ou pour détecter la fraude), militaire (systèmes autonomes tels que les drones), médical (aide au diagnostic) et ludique (jeux vidéos) entre autres!

Pour sa part, Yoshua Bengio oriente ses recherches vers un sous-domaine appelé «apprentissage de représentations profondes», qui a connu un essor phénoménal au cours des dernières années.

«Nous essayons de permettre à l'ordinateur de représenter ce qu'il perçoit afin qu'il comprenne son environnement de façon plus abstraite, comme le font les êtres humains, explique-t-il. Concrètement, nous sommes récemment parvenus à ce que l'ordinateur maîtrise deux modalités, soit l'image et le langage, c'est-à-dire qu'il soit capable de décrire par écrit ce qu'il voit sur une image.

«Nous effectuons de très grandes avancées, mais pour des tâches bien définies, conclut-il. Nous sommes encore loin, très loin, des degrés de performance et des capacités cognitives des humains et même des plus petits animaux... Une souris demeure encore plus intelligente qu'un ordinateur muni d'une intelligence artificielle.»

(Illustration : Benoît Gougeon)