L'étoile, une production complètement ouf!

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  • Le 23 février 2015

L’orchestre et les chanteurs en répétition il y a quelques jours, sous la direction du maestro Jean-François Rivest.Des étoiles, l'apprentie soprano Catherine St-Arnaud en a plein les yeux lorsqu'elle s'imagine le soir de la grande première. Rencontrée au sortir d'une répétition, elle avoue que l'adrénaline monte tout doucement et qu'elle a hâte de se retrouver sur scène, que les lumières s'allument et que l'orchestre se mette à jouer...

 

«Alors, tu te regardes et tu es en costume! s'exclame-t-elle. Le public est là pour toi. Pour t'entendre. Au départ, ce show, ce n'était qu'un cahier avec des feuilles et des portées imprimées qu'on nous a remis en septembre. Et puis, tu apprends une partition, tu passes une audition, tu décroches un rôle principal. En quelques mois, ce petit bout de papier est devenu un spectacle avec des éclairages, des costumes, de la musique, un orchestre, les chanteurs, une mise en scène, toute une équipe, un public. C'est complètement magique!»

À compter du 19 février et pour trois représentations, Catherine St-Arnaud interprétera la princesse Laoula de l'opéra bouffe L'étoile, d'Emmanuel Chabrier. Elle fera équipe avec l'Orchestre de l'Université de Montréal (OUM) et une trentaine de chanteurs de l'Atelier d'opéra de l'UdeM, dont le très prometteur ténor Joé Lampron-Dandonneau dans le rôle du roi Ouf 1er.

Joé Lampron-Dandonneau et Catherine St-Arnaud joueront Ouf 1er et la princes­se Laoula.

Une mise en scène ubuesque

«J'ai beaucoup d'espace pour créer mon personnage d'Ouf 1er qui, comme son nom l'indique, est complètement fou, raconte Joé Lampron-Dandonneau. Il vit dans son monde et c'est par ses yeux que l'histoire est vécue. Mon gros défi, c'est de le pousser jusqu'à ses limites. C'est à la fois une grande responsabilité et beaucoup de plaisir. J'ai d'ailleurs l'impression qu'on a tous beaucoup de plaisir avec cet opéra. Les textes sont très drôles, absurdes, surréalistes.»

Absurde et surréaliste, deux facettes de l'opéra que le metteur en scène François Racine a justement voulu porter à leur paroxysme.

«En général, les gens qui présentent L'étoile situent cet opéra dans une sorte de commedia dell'arte clownesque, commente-t-il. Je l'ai pour ma part amené ailleurs, dans un registre plutôt ubuesque. Pour moi, le roi Ouf 1er se rapproche terriblement d'Ubu.»

Car L'étoile invite le public à un voyage onirique étrange et insensé au cœur du royaume d'Ouf 1er, monarque mégalomane qui a pour coutume de célébrer son anniversaire en exécutant l'un de ses sujets. Mais ce jour-là, il croise sur sa route le colporteur Lazuli, qui fera totalement avorter ses plans. Un conte loufoque qui s'articule autour du respect de l'ordre établi, de la quête de pouvoir et de la poursuite de l'amour, sur fond d'obscurantisme et de folie.

La maîtrise du rythme

«Le choix d'un opéra dans un cadre pédagogique fait appel à des considérations particulières, explique Jean-François Rivest, chef de l'OUM et directeur musical de la production. D'ordinaire, lorsqu'on lance un projet artistique, on commence par le choisir et on embauche ensuite les gens dont on a besoin. Ici, ç'a été le contraire : on est parti des étudiants. Il a donc fallu trouver une œuvre qui rassemble les forces de tout le monde, ceux qui sont dans l'orchestre, sur la scène, les membres des équipes artistique et technique. En tenant compte de ces critères, L'étoile était cette année toute désignée. C'est à la fois un petit bijou de plaisir et une œuvre qui se marie bien avec l'ensemble des voix que vous avons à l'Atelier d'opéra.»

Mais elle représente aussi plusieurs défis pour des chanteurs étudiants.

«Il y a beaucoup de paroles qui ne sont pas soutenues par la musique, nous sommes donc clairement dans le registre de la comédie théâtrale, indique François Racine. Il y a le chant et il y a le théâtre. Le territoire est scindé en deux et il faut unifier tout ça. Avec des étudiants qui n'ont pas tous suivi une formation en pose et projection de voix pour la scène parlée, ce n'est pas toujours simple.»

Joé Lampron-Dandonneau avoue d'ailleurs que c'est sur ce plan qu'il pense avoir fait le plus de progrès cette année. Catherine St-Arnaud estime, quant à elle, mieux maîtriser le rythme des réparties aujourd'hui.

«C'est un autre des grands défis de cette œuvre, conclut Jean-François Rivest. Dans la comédie, tout est dans le débit. Le texte peut être le plus drôle du monde, s'il est dit trop lentement ou trop rapidement, il ne fera rire personne. Cette œuvre pousse les étudiants à travailler leur rythme intérieur. Et je dois dire qu'ils s'en sortent vraiment très bien!»

Hélène Roulot-Ganzmann
Collaboration spéciale

 

L'étoile, d'Emmanuel Chabrier, sous la direction musicale de Jean-François Rivest et dans une mise en scène de François Racine; direction de l'Atelier d'opéra : Robin Wheeler. Les jeudi 26, vendredi 27 et samedi 28 février à 19 h 30 à la salle Claude-Champagne, 220, avenue Vincent-D'Indy, à Montréal. Tarifs : 25 $ pour le grand public et 12 $ pour les étudiants.
Billetterie : admission.com.