Un étudiant en criminologie plonge dans le djihad...

  • Forum
  • Le 23 février 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé

Les interprétations douteuses des livres saints ne sont pas le fait des seuls musulmans, rappelle le chercheur.

 

«Ne te soumets donc pas aux incrédules; lutte contre eux, avec force, au moyen du Coran», dit le livre saint des musulmans (sourate 25, verset 52).

 

 

 

Le mot «lutte» est la traduction française du mot djihad, qui revient plus de 40 fois dans le Coran, comme a pu le constater Maxime Bérubé, étudiant à la maîtrise en criminologie à l'Université de Montréal, dans une analyse publiée l'automne dernier dans Dire, la revue des cycles supérieurs de l'UdeM.

En entrevue à Forum, le jeune homme originaire de Rimouski explique qu'il s'intéresse depuis longtemps aux fondements du djihadisme. Cette curiosité l'a amené à suivre un programme d'études arabes, incluant l'apprentissage de la langue. «Je manque de pratique, mais j'en étais venu à pouvoir discuter en arabe à l'intérieur des cours», relate-t-il. De ce programme d'études, il retient beaucoup de notions liées à la culture arabe, à la géopolitique et aux relations internationales. Il trouvait important de plonger dans son sujet de recherche sans préjugés. Il a ainsi lu plusieurs sourates du Coran en arabe, ce qui lui a permis de faire ses propres analyses.

Interprétation erronée du Coran, la guerre sainte, ou djihad islamique, serait «le sixième des cinq piliers de l'islam», fait remarquer Maxime Bérubé en faisant référence aux travaux de Michael Bonner, professeur d'histoire islamique à l'Université du Michigan. «Ces passages du Coran peuvent laisser croire que c'est dans le combat ou la lutte, au sens propre de ces termes, que Dieu reconnaît la foi de chaque croyant. Ainsi, cette distinction linguistique dans l'interprétation du djihad devient une source d'inspiration pour les membres de nombreux courants islamistes cherchant à promouvoir la dimension externe de ce sixième pilier de l'islam.»

Les interprétations douteuses des livres saints ne sont pas le fait des seuls musulmans, poursuit Maxime Bérubé, qui rappelle les luttes sanglantes entre les élus de Dieu et les mécréants durant les croisades au Moyen Âge.

Islam de paix

Maxime BérubéMaxime Bérubé n'a pas la prétention d'offrir une analyse définitive de la question. Comme il le mentionne à la fin de son article, «il est très complexe d'interpréter des textes sacrés». Si le djihad est une mésinterprétation d'un mot à trois racines (Jim, Ha et Dal), le mot «islam» est, lui, constitué des vocables Sin, Lam et Mim, qui signifient «paix». «Les textes sacrés et la genèse de l'islam n'endossent donc certainement pas des comportements offensifs et violents tels que ceux commis par Al-Qaeda du Maghreb islamique», écrit-il dans sa conclusion.

La violence extrême des moudjahidines du groupe État islamique et de Boko Haram serait une interprétation incorrecte du Coran, alors que «la vision partagée par la majorité des musulmans prouve que l'islam est une religion de paix».

L'étudiant aimerait pousser cette étude dans une thèse de doctorat. «La violence et la fréquence des actes terroristes croissent actuellement, explique-t-il en entrevue, et plusieurs observateurs se demandent quel est l'objectif visé par les groupes extrémistes qui choquent de plus en plus, même dans les pays arabes. Il y a une analyse criminologique intéressante à mener sur ces questions.»

Exercice de vulgarisation

Pour Maxime Bérubé, l'article dans Dire, qui a été revu et commenté par un comité de rédaction avant d'être publié, aura été une bonne occasion d'acquérir une expérience concrète de rédaction. Bien qu'il ne s'agisse pas de son sujet de maîtrise, l'article intitulé «Le jihad et l'instrumentalisation de son interprétation» est né de précédents travaux effectués durant sa formation. M. Bérubé a d'ailleurs remporté le prix du meilleur article du numéro, qui s'accompagne d'une bourse de 500 $.

Son mémoire, qui en est actuellement à la phase de la rédaction, porte sur les processus de radicalisation de jeunes hommes ici même, au Québec. L'un des terrains où il est possible d'apprendre le combat armé se trouverait entre autres dans les entreprises de paintball, qui offrent la possibilité de simuler des attaques avec des balles de peinture dans des fusils à pompe. «Je vous rassure tout de suite : mon observation sur le terrain ne m'a pas permis de repérer de tels groupes, calqués sur des milices américaines. Ni des loups solitaires en mission d'entraînement», précise-t-il.

Les clubs qu'on trouve à plusieurs endroits dans la région montréalaise sont le plus souvent le lieu d'un loisir inoffensif, un peu comme les mises en scène «grandeur nature» des inconditionnels du Moyen Âge. On peut y rencontrer des historiens amateurs qui veulent recréer, avec beaucoup de soin, des batailles célèbres de la Deuxième Guerre mondiale... «C'est très réglementé. Ce qui fait que cette communauté pourrait refuser l'accès à des adeptes déclarés de néonazisme par exemple.»

Ses travaux l'ont conduit à interviewer plusieurs dizaines de «combattants» durant 15 journées d'observation. «Je me suis senti à quelques occasions comme un vrai journaliste de guerre», relate-t-il.

Mais ce qui intéresse M. Bérubé, c'est de poursuivre dans la voie de la recherche et de l'enseignement. «J'adore ce que je fais. Mon idéal serait d'entreprendre une carrière universitaire.»