Isabelle Peretz reçoit un prix majeur

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  • Le 24 février 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé

Maryse Lassonde, directrice scientifique du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies; le Ministre Yves Bolduc; Isabelle Peretz; Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec. Photo : Fonds de recherche du Québec.Le Fonds de recherche du Québec – nature et technologies, accorde son prix d'excellence 2015 à Isabelle Peretz, professeure au Département de psychologie de l'Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neurocognition de la musique. «Toute une belle surprise», commente la lauréate dans le train qui la transporte à Québec où une cérémonie a été préparée en son honneur, le 24 février. «C'est un prix qui me fait plaisir car il émane de mes pairs ici, au Québec ; de plus, il souligne ma contribution en recherche fondamentale», commente-t-elle.

Ce prix est assorti d'une bourse de 10 000$ et est accordé une fois par an pour souligner «la contribution exceptionnelle d'une chercheuse ou d'un chercheur universitaire à l'avancement des connaissances dans les domaines des sciences naturelles, des sciences mathématiques et du génie et la reconnaissance de ses réalisations et leurs retombées pour le Québec», comme le précise les règlements.

Il couronne pour la spécialiste du cerveau musical une année faste puisqu'elle a vu sa chaire de recherche du Canada être renouvelée pour sept ans, en avril dernier. De plus, ses fonds provenant des Instituts de recherche en santé du Canada et du Conseil de recherches en sciences et en génie du Canada ont été reconduits pour plusieurs années. De plus, Mme Peretz s'apprête à célébrer les 10 ans du Centre for Research on Brain, Language and Music (BRAMS), qu'elle a fondé en 2005 avec Robert Zatorre, de l'Université McGill. «Nous allons organiser une rencontre l'automne prochain pour tenter de planifier les 10 prochaines années du centre. Déjà, trois axes se dessinent : l'importance sociale de la musique, la neurogénétique et l'éducation», commente-t-elle.

Jouissant d'une excellente réputation à l'extérieur du Québec, le BRAMS fait converger des équipes multidisciplinaires autour du cerveau musical. Dans la seule équipe de Mme Peretz, on compte neuf étudiants au doctorat, trois post-doctorants et deux étudiants à la maitrise.

Enseignement, recherche et... guitare

En plus des cours Méthodes en psychologie cognitive et neuropsychologie et Neuropsychologie de la musique, qu'elle donne ce trimestre, Mme Peretz poursuit ses recherches sur la cognition musicale, son champ d'intérêt principal. Elle suit notamment la piste des personnes qui ont des déficits musicaux comme l'amusie congénitale afin de parvenir à identifier les gènes associés à la musique. Elle participe aussi à diverses expériences de transferts de connaissances. «Je suis régulièrement sollicitée pour prendre position sur les bienfaits de la musique dans le développement cognitif. Vous savez, on applique de plus en plus de compressions dans l'enseignement de la musique à l'école, ce qui prive les jeunes d'une précieuse formation.»

Son dernier passage au collège d'Alma, au Lac Saint-Jean, n'est pas passé inaperçu puisqu'un journaliste du Quotidien, Daniel Côté, a donné écho à ses propos. «Depuis le temps qu'on en parle, il était opportun qu'une personne faisant autorité au sein du monde scientifique le confirme. Oui, la musique favorise le développement cognitif des personnes qui en écoutent ou qui en jouent, a démontré Isabelle Peretz, hier, lors d'une conférence», pouvait-on lire dans son article paru le 20 février.

L'année 2015 marque un autre renouveau pour l'universitaire : la pratique d'un instrument de musique. Elle a joint l'Orchestre de guitare de la Société de guitare de Montréal, qui compte 24 musiciens sous la direction de Dave Pilon. «Après avoir délaissé la pratique musicale pendant une trentaine d'années, j'y suis revenue avec beaucoup de plaisir», signale la guitariste.

Preuve que la scientifique n'est jamais très loin derrière la femme d'action, elle a entamé un projet de recherche avec Isabelle Héroux, professeure de didactique à l'UQAM, sur les meilleures formules de répétition. Son hypothèse : les pratiques par section, qui sont la norme dans le milieu, ne seraient pas les plus efficaces. Il vaudrait mieux pratiquer en quatuor à plusieurs voix plutôt qu'en regroupant les musiciens d'après leur instrument (violons avec violons, altos avec altos, etc.). En deux temps trois mouvements, le protocole était prêt et les sujets de recherche rassemblés.

Mais cela ne fait pas oublier le premier plaisir de Mme Peretz : faire de la musique d'ensemble. Elle en est plus que jamais convaincue : la musique aide à vivre en harmonie.

Mathieu-Robert Sauvé