Écrire pour avoir le dessus sur sa maladie

  • Forum
  • Le 9 mars 2015

  • Martin LaSalle

Image : IstockQue ce soit au moyen d'un crayon ou d'un clavier d'ordinateur, les adolescents atteints d'une maladie chronique qui expriment leurs états d'âme en ressentent des bienfaits sur les plans physique et psychologique.

Utilisée dans bon nombre de pays, cette forme d'art-thérapie s'avère particulièrement efficace quand l'état affectif exprimé est négatif.

C'est ce que met en lumière l'analyse d'une cinquantaine d'études effectuée par Michèle Salesse, chercheuse en psychiatrie au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine qui termine un doctorat interdisciplinaire à l'Université de Montréal sous la codirection des professeurs Jean-François Saucier, du Département de psychiatrie, et Catherine Mavrikakis, du Département des littératures de langue française.

En Occident, jusqu'à un enfant sur cinq est atteint d'une maladie chronique plus ou moins grave, allant de l'asthme à la leucémie, en passant par le diabète, la sclérose en plaques ou la maladie de Crohn par exemple.

«Et, chez les jeunes souffrant d'une maladie chronique, 20 % ont davantage de symptômes émotionnels – principalement des symptômes d'anxiété et de dépression – que la population moyenne d'adolescents, où ce taux est de 8 %», explique Mme Salesse.

L'écriture expressive chez les adolescents

Encore peu employée dans les interventions auprès des adolescents aux prises avec une maladie chronique, l'écriture dite expressive est celle par laquelle une personne écrit au «je» pour exprimer un vécu intense et les émotions ressenties à un moment donné.

Les études sur l'efficacité de cette méthode chez les jeunes sont peu nombreuses, mais font ressortir des effets positifs sur leur état de santé psychologique.

Michèle SalesseC'est le cas d'une recherche comportant un groupe témoin et menée auprès de 39 adolescents américains atteints de fibrose kystique qui ont pris part à trois séances d'écriture d'une durée de 20 minutes – deux en laboratoire et une à la maison. Trois mois plus tard, on a observé une diminution des hospitalisations et des plaintes somatiques de même qu'une amélioration de la qualité de vie chez ces patients.

Une autre étude a été entreprise dans des conditions similaires auprès de 106 adolescents souffrant de symptômes physiques et psychologiques depuis au moins deux semaines. S'ils n'ont pas ressenti d'amélioration de leur état de santé physique, les participants ont dit être plus optimistes et vivre moins d'émotions négatives et de détresse psychologique.

Résultats chez les adultes

Chez les adultes atteints d'une maladie chronique, de nombreuses recherches comptant des groupes témoins et mesurant l'efficacité de l'écriture expressive –et de différents types d'écriture – ont été faites dans plusieurs pays et en plusieurs langues, dont le français, l'anglais et l'espagnol. Globalement, les résultats s'avèrent positifs quant à la réduction du stress, des troubles de l'humeur, des symptômes fonctionnels et du nombre de visites médicales.

«C'est notamment le cas d'une méta-analyse regroupant 146 études et dont les conclusions indiquent que l'expression écrite d'émotions positives amène peu d'avantages, tandis que plus il y a confrontation avec les évènements bouleversants et leurs affects négatifs, plus l'amélioration à l'échelle psychoaffective est grande», mentionne Michèle Salesse. Ainsi, le fait de parler de ses douleurs persistantes ou des difficultés vécues au quotidien en raison de la maladie permet d'améliorer son état.

Par ailleurs, Mme Salesse relève qu'une étude s'est intéressée aux effets de l'écriture chez des parents ou tuteurs d'enfants et d'adolescents atteints d'une maladie chronique, dont le cancer. Les auteurs ont eux aussi constaté que plus ces adultes exprimaient leurs émotions négatives, plus ils ressentaient une diminution du stress et même du traumatisme associé à la maladie de l'enfant à charge.

«Pour eux, écrire réduit les pensées envahissantes en plus d'accroître leur capacité à résoudre les problèmes et à faire appel à leurs ressources cognitives comme stratégie adaptative, signale-t-elle. Écrire donne un sens à leur histoire!»

Conditions de succès

Comment expliquer que l'écriture expressive favorise un meilleur état psychologique, et parfois physique, des personnes aux prises avec une maladie chronique?

Selon Michèle Salesse, la reconstitution par les mots d'un fait bouleversant permettrait d'exprimer et de contextualiser des émotions négatives, et donc de «mettre à jour des schèmes de pensée répétitifs qui, en régularisant les émotions, contribueraient à l'extinction des pensées et émotions négatives», propose-t-elle.

Mais, pour qu'elle procure des bienfaits, l'écriture expressive doit comporter certaines caractéristiques.

«La présence d'un vocabulaire expressif, la capacité d'exprimer des relations de cause à effet et l'emploi de mots liés à l'introspection, bref la capacité d'organiser son propos contribue à donner un sens à l'évènement traumatique et à le relativiser», précise-t-elle.

Le déroulement de la séance d'écriture joue aussi un rôle. «Les chercheurs ont remarqué l'importance des consignes données aux patients pour les guides de façon qu'ils en retirent un plus grand avantage», conclut la doctorante, dont l'étude a été publiée dans la revue Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence.