Les «écologies d'irradiation» inspirent des artistes

  • Forum
  • Le 9 mars 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé

Quatre ans après l'accident nucléaire de Fukushima Daiichi, une professeure de littérature comparée de l'Université de Montréal, Livia Monnet, réunit une vingtaine d'experts et d'artistes pour approfondir la représentation artistique et littéraire de l'énergie nucléaire dans un colloque intitulé «Repenser les écologies d'irradiation». «Cette commémoration est l'occasion de nous interroger sur les méfaits des radiations dans l'environnement et leurs répercussions sur l'activité humaine», explique l'organisatrice à Forum.

C'est le 11 mars 2011 que les quatre réacteurs de la centrale nucléaire japonaise ont surchauffé et explosé à la suite d'une inondation causée par un important tsunami survenu sur les côtes nippones. L'accident, d'abord considéré comme mineur, a été par la suite réévalué et figure aujourd'hui parmi les plus graves de l'histoire (cote maximale de 7 sur l'échelle internationale de classement des évènements nucléaires) à cause des émanations radioactives qui en ont résulté. On ne peut mesurer précisément, aujourd'hui, quels ont été les effets de l'accident sur les écosystèmes et la santé humaine.

Ce colloque international propose de repenser l'histoire, l'épistémologie, l'esthétique et la politique des écologies d'irradiation telles qu'elles ont été imaginées et théorisées dans les sciences humaines et sociales ainsi que dans la littérature, le cinéma et les arts.

Y a-t-il des artistes inspirés par le nucléaire? «Absolument!» répond Livia Monnet, qui mentionne que trois d'entre eux seront présents à la rencontre. Cécile Massart, artiste visuelle française, s'intéresse aux sites d'enfouissement de déchets nucléaires, un secret bien gardé dans certains pays. Elle a scruté des sites en Europe, au Brésil et au Japon. Écrivaine et artiste londonienne, Suzanne Schuppli explore la violence politique et les «artéfacts médiatiques qui émergent des sites de conflits contemporains». Quant à Saeko Kimura, qui enseigne la littérature à Tokyo (elle est actuellement professeure invitée à l'UdeM), elle étudie «la littérature, le cinéma et la culture post-Fukushima».

L'écrivaine et bédéiste japonaise Erika Kobayashi, dont les œuvres ont pour thème les recherches sur la radioactivité de la physicienne et chimiste Marie Curie, compte aussi parmi les conférenciers invités au colloque.

Mme Monnet s'inquiète de voir naître de nouveaux programmes nucléaires en Asie et ailleurs dans le monde. Spécialiste de la culture, des arts, du cinéma et de l'histoire du Japon moderne, elle a publié trois livres sur la pollution industrielle au mercure (qui provoque ce qu'on a surnommé la «maladie de Minamata»). Elle travaille à un ouvrage sur l'imaginaire du nucléaire dans la littérature, le cinéma et les arts visuels du 21e siècle. Elle donne des cours, notamment, sur l'imaginaire du nucléaire dans la culture japonaise contemporaine.

Les conférenciers viennent des États-Unis, du Canada, du Japon, d'Australie, de Belgique, de Grande-Bretagne, de France et d'Allemagne.

Le colloque, gratuit et ouvert à tous, a lieu à l'Université de Montréal les 14 et 15 mars de 9h à 20h au Pavillon Jean Brillant, Local B-0215. Deux séances de projection de documentaires font partie du programme.

Mathieu-Robert Sauvé