La testostérone pourrait contrer l'hypertension

  • Forum
  • Le 16 mars 2015

  • Dominique Nancy

Le Dr Wu a découvert un lien entre la baisse des hormones mâles, une mutation génétique et la pression artérielle. Photo : Thinkstock

 

Baisse de testostérone + anomalie des kinases Eph = hypertension. Voilà, résumée en une équation, la découverte qu'a faite le Dr Jianping Wu, professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche du CHUM.

 

 

 

Ce lien entre la diminution des hormones mâles et la mutation des protéines kinases Eph, des récepteurs qui agissent sur la signalisation cellulaire, relativement à la pression artérielle se manifeste seulement lors du vieillissement. «On ne sait pas encore pourquoi», admet le Dr Wu, qui a observé ce phénomène par hasard chez des souris porteuses des gènes défectueux alors qu'il menait des travaux sur le système immunitaire. Il a aussi constaté que la pression artérielle des souris femelles semblait moins touchée par la mutation. Par contre, les rongeurs mâles castrés dont les gènes imparfaits avaient été éliminés souffraient davantage d'une pression artérielle élevée. Le Dr Wu a pressenti que la testostérone protégeait de l'hypertension.

Enthousiaste, le chercheur s'est empressé d'effectuer d'autres expériences. Avec son équipe, il a précisé le fonctionnement des kinases. Bingo! Ses travaux publiés dans le Journal of Biology Chemestry confirment qu'une hausse de la testostérone abaisse le niveau de la pression artérielle. C'est la première fois qu'une telle association est mise en évidence. Ce faisant, un nouveau pan de recherche a été révélé. «L'intérêt de ce lien pour l'être humain reste à démontrer, mais nous travaillons présentement avec des partenaires en Chine et l'Institut de cardiologie de Montréal sur un programme de recherche fondamentale et clinique auprès de 3000 patients hypertendus», indique-t-il.

Si les résultats de ces études sont transférables, la population masculine qui présente des mutations des kinases Eph pourrait éventuellement bénéficier d'un traitement ciblé. «Plus de 30 % des hommes âgés de 50 ans et moins ont un faible niveau de testostérone. Si ces individus possèdent en outre la mutation génétique, le risque d'hypertension s'accroît considérablement en vieillissant, puisque le taux de testostérone commence alors à baisser, explique le Dr Wu. En théorie, ces hommes pourraient simplement prendre des suppléments hormonaux pour combattre leur hypertension sans subir tous les effets secondaires des médicaments.»

Flux sanguin comprimé

Jianping WuConnues pour leur importance dans le fonctionnement de plusieurs organes et tissus, les kinases Eph joueraient un rôle dans le déclenchement de l'hypertension en altérant l'expression d'une molécule responsable de la pression artérielle. L'apport des gènes dans cette altération n'est pas encore bien compris. Mais on sait que les kinases agissent de deux façons.

Elles entravent l'action des muscles lisses tapissant l'intérieur des artères, ce qui nuit à leur capacité de contraction. Un peu comme si les muscles étaient un pain dont la croûte se serait formée de l'intérieur, laissant ainsi peu d'espace pour la mie. Concrètement, plus les contractions sont nombreuses, plus le flux sanguin est comprimé et faible, car le périmètre du tube artériel se trouve réduit. Les kinases influent aussi sur l'adrénaline, dont elles contrôlent la sécrétion. Une augmentation de l'hormone entraîne généralement une hausse de la pression artérielle.

Le groupe des kinases que le Dr Wu a étudié se compose de 15 membres et 9 partenaires de liaison. Pour l'instant, il s'est penché sur la désorganisation génétique de cinq membres de cette famille de protéines. À ce jour, deux ligands du groupe des éphrines ? EFNB2 et EFNB3 ? ont été associés au risque d'hypertension chez l'humain. Cette découverte fera bientôt l'objet d'une autre publication. L'immunologiste poursuit actuellement ses travaux afin d'élucider les mécanismes sous-jacents de la pression artérielle.

Les recherches de Jianping Wu sont financées par les Instituts de recherche en santé du Canada, la Fondation J.-Louis Lévesque et le Fonds de recherche du Québec ? Santé.