Les bienfaits de la marche ont leurs limites

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  • Le 16 mars 2015

  • Mathieu-Robert Sauvé

Marcher régulièrement réduit les symptômes dépressifs chez les 68-82 ans. Photo : IstockLes personnes âgées qui marchent régulièrement dans le but de se mettre en forme présentent moins de symptômes dépressifs. Mais cet effet disparaît lorsque la marche quotidienne est exécutée sept jours sur sept. Voilà l'une des conclusions d'une étude publiée le 8 février dans Mental Health and Physical Activity par une équipe de l'Université de Montréal.

«Nous ne nous sommes pas penchés sur les bienfaits physiques de la marche comme l'amélioration de la condition cardiovasculaire; nous nous sommes exclusivement intéressés à la santé mentale. À ce chapitre, les bienfaits sont confirmés pour les gens qui marchent 30 minutes par jour, de trois à cinq fois par semaine, afin de se maintenir en forme, mais il y a un seuil à partir duquel l'effet n'est plus observé», indique le premier auteur de l'étude, Dominic Julien, de l'Institut de recherche en santé publique de l'UdeM.

Psychologue clinicien et chercheur actuellement rattaché au Centre de recherche de l'Hôpital général juif, M. Julien explique que la littérature scientifique est relativement riche sur les liens entre l'activité physique et la santé mentale. Mais peu de recherches ont porté sur ce qui motive les gens à faire de l'exercice. De plus, les chercheurs ont voulu connaître les fluctuations des bienfaits de la marche en fonction de la fréquence. «Ma plus grande surprise a été de constater que ces bienfaits semblent atteindre un plateau et décliner ensuite. Nous nous attendions à une croissance linéaire : plus on marche, moins on présente de symptômes dépressifs», signale-t-il. En réalité, le fait de marcher régulièrement et souvent a des effets positifs. Mais marcher 30 minutes tous les jours ne serait pas bénéfique. «Trop, c'est comme pas assez!» résume le chercheur.

L'échantillonnage de l'équipe de Dominic Julien comptait 436 personnes de 68 à 82 ans. Les effets ne se sont pas révélés différents chez les hommes ou les femmes.

Posologie : de trois à cinq marches par semaine

Dominic JulienPour le psychologue clinicien, ce résultat vient appuyer l'approche cognitive-béhavioriste consistant à amener le client dépressif à ne pas rester cloîtré. «Les personnes dépressives sont souvent sédentaires. L'une des clés de l'intervention consiste à les amener à sortir de chez elles. À la lumière de nos résultats, le fait de marcher de façon régulière pourrait les aider à peu de frais. Nous avons tous une bonne paire de souliers. Reste à trouver le moment et l'occasion pour aller marcher.»

Selon cette recherche, la corrélation entre la marche et les symptômes dépressifs est valable lorsque les gens marchent dans le but de se mettre en forme. Ceux qui marchent pour se rendre au travail, pour faire des emplettes ou pour toute autre raison ne présentent pas un meilleur ni un moins bon bilan. En d'autres termes, marcher afin de rester en santé est associé à une plus faible présence de symptômes dépressifs. Pour ce qui est des autres motifs, on ne le sait pas.

«Cela dit, il y avait peu de sujets dépressifs dans notre échantillon. On sait que ce problème de santé mentale est pourtant assez courant chez les personnes âgées», commente le psychologue. Les participants faisaient partie de la base de données VoisiNuAge, qui sonde les gens âgés de Montréal et de Laval sur les habitudes de vie, la nutrition et l'environnement urbain.

Dominic Julien précise que ses sujets de recherche ne formaient pas un échantillon scientifique représentatif de leurs groupes d'âge, car ils étaient plutôt actifs. Le tiers des répondants marchaient au moins 30 minutes par jour trois fois par semaine, 25 % cinq fois par semaine et 18 % tous les jours dans le but de se garder en forme. De plus, ces hommes et ces femmes étaient plus scolarisés que la moyenne.

Cette recherche constituait le sujet du postdoctorat de Dominic Julien et a été réalisée avec la collaboration de Lise Gauvin, Lucie Richard et Yan Kestens, de l'Université de Montréal, et d'Hélène Payette, de la Faculté de médecine et de sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke.

Les auteurs concluent que leurs résultats pourraient s'avérer utiles dans l'élaboration de campagnes de promotion de saines habitudes de vie intégrant la marche, mais que d'autres recherches seront nécessaires pour confirmer les liens entre la santé mentale des personnes âgées et cette activité à la portée de tous.

Le jeune chercheur n'a pas attendu les conclusions de son étude pour intégrer la marche dans sa vie de tous les jours. Il se rend fréquemment à pied au travail, même l'hiver. C'est aussi un adepte de course à pied et de ski de fond.

Mathieu-Robert Sauvé