Pourquoi est-il difficile de courir et de mâcher de la gomme?

  • Forum
  • Le 16 mars 2015

  • Dominique Nancy

Plusieurs en ont fait l'expérience : mâcher de la gomme en courant est épuisant. Pourquoi?

«Il est plus difficile de mastiquer quand on court parce que la locomotion, la mastication et la déglutition sont réglées sur la respiration, mentionne Arlette Kolta, professeure au Département de stomatologie de la Faculté de médecine dentaire de l'Université de Montréal. Les marathoniens en savent quelque chose : pour parvenir à avaler une gorgée d'eau, ils doivent ralentir le rythme de leur course.»

La locomotion est une activité rythmique semi-automatique. Elle est sous-tendue par des réseaux nerveux spécialisés tout comme les autres fonctions vitales que sont la respiration et la mastication, indique Mme Kolta. «Lorsqu'on marche, qu'on mastique ou qu'on respire, on n'a pas besoin de penser à accomplir cette action.»

Les trois activités sont des fonctions essentielles à la survie. Elles sont communes à presque tous les animaux, même les plus primitifs. Il s'agit de séquences motrices préprogrammées au sein du système nerveux qui permettent d'adopter des comportements sans aucun apprentissage. Le phénomène peut être observé chez les poupons. Si l'on tient un bébé sous les aisselles en position verticale et que ses pieds touchent une surface plane, il a immédiatement le réflexe de mettre un pied devant l'autre. «La mastication est un réflexe similaire, signale Arlette Kolta. Il suffit d'insérer quelque chose entre les dents d'un animal, même anesthésié, pour qu'il se mette à mastiquer.»

Dans un article rédigé sur le sujet avec l'étudiant Philippe Morquette, du Département de neurosciences de l'UdeM, et paru en 2014 dans la revue eLife, la chercheuse explique que ces mouvements rythmiques sont structurés de la même façon sur le plan neuronal. Ils sont gérés par des réseaux situés dans la moelle épinière et le tronc cérébral, lesquels dictent le rythme à imposer aux muscles concernés par l'exécution des mouvements. «Chacune de ces fonctions a son propre réseau pour engendrer le mouvement, mais ces réseaux doivent se coordonner lorsqu'ils sont sollicités en même temps, précise en entrevue la professeure Kolta. Ainsi, la respiration doit s'ajuster pendant la mastication et la déglutition pour éviter que des aliments soient aspirés par les voies aériennes. Pareillement, elle doit se mettre au diapason de la locomotion lorsque celle-ci est accélérée pour répondre à la plus grande demande en oxygène des muscles et à l'accélération du rythme cardiaque.»

Le hic? Quand on court, le réseau respiratoire s'active pour s'adapter au réseau locomoteur, alors que, lorsqu'on mastique, il lui faut plutôt ralentir pour permettre la déglutition. «Il lui est difficile de faire les deux à la fois, dit Mme Kolta. Voilà pourquoi il est ardu de mâcher tout en courant!»

Dominique Nancy