Dessine-moi un campus

Le concept d’un quartier-campus où il fait bon vivre repose sur une vision inclusive. Photo : Ville de Montréal.Selon le président du groupe d'experts chargé de conseiller le recteur sur l'aménagement architectural et urbanistique du campus d'Outremont de l'Université de Montréal, la construction de cette nouvelle antenne universitaire devrait passionner les Montréalais.

 

«Arrêtons de dire qu'il ne se fait rien à Montréal, dit Giovanni De Paoli. La création d'un campus sur l'ancienne gare de triage d'Outremont constitue une occasion unique de façonner notre paysage urbain.»

Mis sur pied en juin dernier, le groupe réunit autour de M. De Paoli, professeur à l'École d'architecture de la Faculté de l'aménagement de l'UdeM, l'urbaniste Marie Lessard, elle aussi professeure à la faculté, les architectes Nathalie Dion et Cameron Charlebois et le directeur du Centre canadien d'architecture et architecte Mirko Zardini, des professionnels «reconnus pour la très grande qualité de leur expertise», souligne M. De Paoli.

À 18 mois du début de la construction du Complexe des sciences et de génie, les membres du groupe ont remis un premier rapport. «Contrairement au campus principal, peut-on y lire, le futur campus Outremont ne sera pas uniquement universitaire. Il fera plutôt partie d'un nouveau quartier qui se veut mixte dans ses usages et ses activités.»

Aux alentours du Complexe des sciences et de génie, le campus accueillera des appartements pour étudiants, chercheurs et professeurs invités et un centre d'innovation. Quelque 3000 personnes fréquenteront le lieu dès la première phase des travaux.

Préoccupé par cette question, le groupe recommande de réfléchir dès à présent sur la vocation du campus durant sa phase initiale. «Des plans et aménagements de transition devront être préparés», écrivent les auteurs du rapport. Le but? Susciter sans tarder un sentiment d'appartenance chez les étudiants et la population vivant aux abords du campus mais également chez tous les Montréalais.

Giovanni De PaoliDes idées de projets éphémères pour faire vivre l'endroit avant la réalisation des autres phases sont sur la table. On songe à encourager l'implantation de jardins communautaires, à favoriser la culture de légumes biologiques et à mettre sur pied un comptoir de fruits et légumes issus de l'agriculture durable. M. De Paoli évoque également la création de spectacles.

Le concept d'un quartier-campus où il fait bon vivre repose avant tout sur une vision inclusive. Ainsi, il y aura une passerelle, conçue comme un espace public, qui enjambera la voie ferrée pour relier les quartiers Parc-Extension au nord et Outremont au sud. À chaque extrémité de cette route piétonne, les deux stations de métro Acadie et Outremont permettront aux usagers de circuler sur l'ensemble du territoire montréalais. En somme, l'idée demeure toujours de promouvoir la mixité sociale. «Comme on le sait, indique M. De Paoli, les arrondissements touchés par le projet offrent des profils socioéconomiques très variés. Le site deviendra un lieu de rencontre pour les divers acteurs sociaux.»

On y trouvera des cafés, des parcs, des aires de rencontre à l'intérieur comme à l'extérieur des pavillons.

Pour les membres du groupe d'experts, il faut éviter que les intervenants travaillent chacun de leur côté. Dans un contexte d'innovation, la collaboration entre les différents partenaires est essentielle pour permettre au campus d'Outremont de voir le jour dans l'harmonie. À ce chapitre, les sages envisagent une dynamique de l'art public qui dépasse les contraintes du un pour cent. «La poésie est au menu de notre concept et doit y rester», souhaite M. De Paoli.

«C'est terminé l'époque où l'université occupait une tour d'ivoire, poursuit-il. Inutile de dresser une nouvelle icône. Nous visons une architecture éthique, qui mette l'accent sur les transports actifs, les corridors verts et l'énergie solaire.» Pour les membres du groupe, il importe donc de veiller à ce que ce lieu soit pourvu d'une âme de sorte que dans 10 ans ses occupants puissent se dire : «On se sent bien ici.»

Hélène de Billy, Collaboration spéciale