Et si votre patron vous faisait marcher?

  • Forum
  • Le 23 mars 2015

  • Martin LaSalle

Marcher en travaillant améliore de 35 % la rétention de l’information, selon l’étude à laquelle a contribué Marie-Christine Bastarache (sur notre photo). Photo : David Brieugne.Votre travail requiert une certaine attention et une mémoire aiguisée, et de surcroît vous travaillez toujours assis à votre ordinateur? Il se pourrait qu'afin d'accroître votre productivité votre patron décide de doter votre poste de travail d'un tapis roulant... en apprenant que marcher en travaillant améliore de 35 % la rétention de l'information.

C'est ce qu'a mis en lumière une équipe de chercheurs rattachée au Tec3Lab de HEC Montréal, sous la direction de la chercheuse postdoctorale Élise Labonté-LeMoyne.

Différentes recherches ont démontré qu'être toujours assis au travail augmente le risque de troubles cardiovasculaires, de diabète et de problèmes musculosquelettiques. On a même mesuré que, comparativement aux personnes actives, le risque de mort prématurée est 15 % plus grand chez celles qui demeurent assises huit heures par jour sur une longue période. À long terme, avoir les fesses clouées à une chaise – ou à un sofa! – plus de 11 heures chaque jour fait grimper le risque de 40 %.

C'est ce qui fait dire à bon nombre de chercheurs en santé publique que passer sa vie active en position assise serait aussi nocif que de fumer.

Élise Labonté-LeMoyne. Photo : François Courtemanche

Travailler à 2,25 km/h

À l'inverse, les bienfaits d'un poste de travail équipé d'un tapis roulant – appelé «bureau actif» – sont bien documentés : meilleurs tonus musculaire et posture, circulation sanguine et dépense calorique accrues, et bien d'autres.

Toutefois, peu d'études ont évalué l'effet de la marche sur la productivité, et c'est ce à quoi Élise Labonté-LeMoyne et ses collègues se sont intéressés.

Dans le Tech3Lab, ils ont estimé les effets à court terme du recours au tapis roulant en situation de travail sur la mémoire et l'attention de 18 étudiants. Pendant 40 minutes, ceux-ci devaient lire un long texte à l'ordinateur en étant interrompus par l'arrivée de courriels, dont certains étaient liés au texte à lire.

La moitié des participants ont effectué l'exercice à partir d'un bureau actif, dont le tapis roulant était programmé à 2,25 km/h – la vitesse idéale, selon certaines études. Les autres participants accomplissaient les mêmes tâches assis devant un ordinateur.

Après une pause de 10 minutes pendant laquelle des électrodes ont été placées sur leur cuir chevelu pour enregistrer l'activité électrique de leurs neurones, tous devaient répondre à un questionnaire, assis à un bureau. Ce test visait à déterminer ce qu'ils avaient retenu de leur lecture.

Résultat : la probabilité de répondre correctement aux questions était 35 % plus élevée chez les participants marcheurs. Mieux encore, ces derniers avaient éprouvé la sensation d'être plus attentifs à la tâche.

«Ressentir une perception positive à l'égard d'un nouveau comportement est un déterminant important de son adoption dans l'avenir», indique Élise Labonté-LeMoyne, qui possède un doctorat en sciences de l'activité physique de l'UdeM.

De plus, l'électroencéphalogramme a enregistré une hausse de l'activité des ondes alpha dans le groupe de marcheurs, par comparaison à un accroissement des ondes thêta chez les participants assis. Or, selon diverses recherches, les bonnes performances cognitives sont associées à une activité plus faible des ondes thêta et à une activité plus intense des ondes alpha.

«En somme, nos résultats montrent qu'après avoir travaillé à un bureau actif les sujets obtiennent de meilleures performances cognitives et les preuves sont observables d'un point de vue à la fois comportemental, subjectif et neurophysiologique», ajoute la chercheuse.

Selon elle, ces résultats sont importants dans la mesure où les utilisateurs de bureaux actifs ne passent pas la journée entière sur leur tapis roulant. Les travailleurs savent maintenant qu'ils peuvent utiliser leur tapis roulant pour des tâches particulières, puis s'asseoir et entreprendre des tâches nécessitant plus d'attention et de mémoire», conclut Mme Labonté-LeMoyne.