La mort subite du nourrisson serait liée aux jours de canicule

  • Forum
  • Le 23 mars 2015

  • Martin LaSalle

En ce qui concerne les décès touchant spécifiquement les nourrissons de 3 à 12 mois, le risque de mourir subitement lorsque la température est de 30 °C est cinq fois plus grand que lorsque l’air ambiant est à 20 °C.Les causes du syndrome de mort subite du nourrisson sont encore mal connues, mais il se pourrait que les hautes températures des périodes de canicule s'ajoutent aux facteurs qu'on soupçonne déjà.

C'est l'hypothèse qui se dégage des résultats d'une étude menée par une équipe de chercheurs sous la direction de Nathalie Auger, professeure adjointe de clinique à l'École de santé publique de l'Université de Montréal, qui vient d'être publiée dans la revue scientifique Environmental Health Perspectives*.

En fait, lorsque le mercure atteint plus de 28 °C à Montréal, le risque qu'un bébé de moins d'un an meure soudainement est, en moyenne, près de 2,8 fois plus élevé que lorsqu'il fait 20 °C, selon des données recueillies sur 30 ans, soit de 1981 à 2010.

Un cas de mort subite sur 20 décès de nourrissons

Pour arriver à cette conclusion, Mme Auger a répertorié les cas de morts subites de nourrissons survenues au cours des mois les plus chauds de chacune des années comprises dans cette période.

Ainsi, parmi les 3869 décès d'enfants dénombrés entre les mois d'avril et octobre de ces trois décennies, 196 étaient des morts soudaines du nourrisson, soit 1 décès sur 20. Et, dans la majorité de ces cas (78 %), les nouveau-nés avaient de un à quatre mois au moment de la mort.

La chercheuse et son équipe ont ensuite scruté les archives d'Environnement Canada pour déterminer la température qu'il faisait le jour précédent ainsi que la journée même où est advenue chacune des morts subites.

Nathalie Auger

Risque jusqu'à cinq fois plus élevé à 30 °C

Au cours des mois les plus chauds, soit de juin à août, le risque global de mort soudaine du nourrisson chez l'ensemble des bébés âgés de 1 à 12 mois augmente en fonction des hausses de température enregistrées le jour du décès. Ainsi, par rapport à une température de 20 °C, le risque de décès passe de 1,4 à 2,1 puis à 3,8 lorsque les températures sont respectivement de 24, 27 et 30 °C.

Par contre, pour ce qui est des décès touchant spécifiquement les nourrissons de 3 à 12 mois, le risque de mourir subitement lorsque la température est de 30 °C est cinq fois plus grand que lorsque l'air ambiant est à 20 °C.

Selon l'auteure principale de l'étude – à laquelle a aussi pris part le chercheur William D. Fraser, du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine –, «les données préliminaires indiquent une association étroite entre la température extérieure élevée et le risque de mort soudaine du nourrisson».

Pour Nathalie Auger, les résultats laissent penser que les changements climatiques et les hautes températures qui peuvent en résulter «pourraient entraîner une plus forte proportion de morts subites dans l'avenir».

C'est pourquoi elle estime qu'on devrait recommander aux parents de surveiller leurs nouveau-nés lors de grandes chaleurs et de réduire autant que possible leur exposition à la chaleur.

 

?Nathalie Auger et collab., «Ambient Heat and Sudden Infant Death : A Case-Crossover Study Spanning 30 Years in Montreal, Canada», Environmental Health Perspectives, 6 mars 2015.


 

La chaleur, un facteur de risque déjà ciblé

Différentes études ont déjà montré que les nourrissons seraient plus sensibles aux stress thermiques et au risque de mort subite en raison de leur capacité thermorégulatrice sous-développée. Ce risque est, entre autres, associé au fait de suremmailloter les bébés, de les survêtir, de les regrouper dans un même lit, ou à d'autres us et coutumes pouvant provoquer une hausse de la température.