Les étudiants n'écrivent pas mieux qu'il y a 50 ans

  • Forum
  • Le 30 mars 2015

  • Martin LaSalle

Pascale Lefrançois porte un regard nuancé sur l'évolution de la qualité du français écrit chez les jeunes Québécois.«Il est ordinaire de trouver [des écoliers] qui n'ont aucune connaissance des règles de la langue française et qui en écrivant pèchent contre l'orthographe dans les points les plus essentiels.»

 

C'est avec ces propos énoncés en 1689 par Nicolas Audry, médecin et homme de lettres français, que Pascale Lefrançois a amorcé la conférence qu'elle a prononcée le 18 mars dans le cadre des activités soulignant le 50e anniversaire de la Faculté des sciences de l'éducation (FSE) de l'Université de Montréal.

«Comme vous le voyez, ce n'est pas d'hier qu'on s'inquiète de la qualité du français chez les jeunes... ni que des médecins se mêlent d'éducation!» a lancé en boutade celle qui est vice-doyenne à la FSE.

À partir de données gouvernementales recueillies au cours des cinq dernières décennies, Mme Lefrançois a brossé un tableau nuancé de l'évolution de la qualité du français écrit d'hier à aujourd'hui.

Son constat global? «Les élèves des années 2000 ne sont pas pires qu'avant, mais ils ne sont pas meilleurs non plus», dit-elle perplexe.

D'hier à aujourd'hui

Les études consultées par la professeure de didactique de l'UdeM n'ont pas mesuré des paramètres identiques au fil des ans. De plus, elles ne se basent pas toutes sur des échantillons de même taille.

Par exemple, dans les années 50, moins de la moitié des élèves catholiques au Québec se rendaient en 7e année : seulement 2 % terminaient leur 12e année – l'équivalent de la première année du collégial.

«En 2012, 86 % des Québécois de 25 à 64 ans avaient un diplôme d'études secondaires et 29 % étaient titulaires d'un certificat ou d'un diplôme universitaires», souligne-t-elle.

De plus, le concept de qualité du français n'est plus tout à fait le même et les normes du français standard ont été améliorées.

Néanmoins, Pascale Lefrançois a relevé qu'une étude longitudinale menée en 1984 concluait à une diminution de la performance des élèves en orthographe de 1962 à 1982. Par ailleurs, une autre étude entreprise en 1997 montre qu'à l'issue du test de rédaction de la fin du primaire les élèves de sixième année ont obtenu un résultat moyen de 61 % en 1986, comparativement à 68 % en 1995 – une amélioration de sept points de pourcentage.

Résultats stables

Les données gouvernementales indiquent qu'au secondaire les résultats au test de rédaction sont stables depuis la fin des années 80, avec une note moyenne un peu au-dessus de 70 %.

Et non les barèmes de correction n'ont pas changé au point qu'il soit impossible d'établir un parallèle entre les taux de réussite d'hier et ceux d'aujourd'hui.

«En 1960, le texte écrit en 12e année consistait à relater une activité à laquelle l'élève avait pris part, rapporte Mme Lefrançois. En 1990, on demandait à l'élève de cinquième secondaire quelle était son opinion quant à la possibilité qu'un homme puisse éduquer ses enfants seul... Aujourd'hui, le test demande aux élèves d'exposer une opinion en s'appuyant sur des faits réels, ce qui constitue une tâche plus complexe qu'auparavant [voir l'encadré].»

En contrepartie, le nombre d'erreurs tolérées dans ce test a été légèrement haussé.

«Bien savoir écrire ne signifie pas qu'on ne fasse aucune erreur, mais il n'y a pas de consensus sur le nombre d'erreurs qu'on peut accepter», tient-elle à préciser.

Aussi, bien que le taux de réussite global à l'épreuve de français de cinquième secondaire ait été de 82,8 % en 2010, les difficultés observées en matière d'orthographe «s'avèrent préoccupantes», reconnaît Mme Lefrançois.

Toutefois, les taux de réussite relatifs à l'adaptation du texte, à sa cohérence ainsi qu'au vocabulaire dépassent les 95 %. De sorte que, lorsqu'on les compare avec d'autres jeunes issus de la francophonie, les Québécois âgés de 15 ans font aussi bien, sinon mieux : en structure de texte, ils ont de meilleurs résultats que les Belges et les Français du même âge!

L'enseignement à remettre en question?

Au final, les taux de réussite en français écrit sont constants au Québec depuis le début des années 90, oscillant autour de 80 % au primaire et au secondaire, et atteignant 85 % au collégial.

Or, si les critères d'évaluation n'ont pas substantiellement changé avec le temps, les méthodes d'enseignement ont beaucoup évolué sans entraîner l'amélioration qu'on aurait pu souhaiter. C'est pourquoi Pascale Lefrançois estime qu'il faut chercher à connaître les raisons pour lesquelles les méthodes pédagogiques n'ont pas donné les résultats escomptés.

«Le véritable enjeu réside dans le fait que, en 2015, il est encore plus nécessaire de bien savoir écrire qu'il y a 50 ans parce qu'il faut avoir des connaissances beaucoup plus grandes de nos jours pour occuper un emploi et pour comprendre le monde», conclut-elle.

Martin LaSalle

Des questions d'examen comme autant de miroirs de la société

1960 : Rédigez, pour le journal de l'école, un article où vous relatez une récente activité : joute sportive ou débat oratoire ou séance du cercle littéraire, du cercle missionnaire ou du ciné-club, etc.

1986 : Que penses-tu du problème de l'ivresse au volant et des conséquences fâcheuses qui en découlent?

1990 : Croyez-vous qu'il soit possible pour un homme d'élever seul ses enfants?

2000 : Les femmes et les hommes sont-ils victimes des standards de beauté?

2010 : L'engagement des jeunes contribue-t-il à améliorer le monde dans lequel nous vivons?