«Y a-t-il des quartiers sécurisants pour les enfants?»

  • Forum
  • Le 30 mars 2015

  • Daniel Baril

Les arbres rassurent les enfants. Ceux-ci perçoivent leur quartier comme plus sécuritaire lorsqu'il y a davantage d'éclairage et d'espaces verts, selon la chercheuse.Les enfants et les adultes ne voient pas le monde de la même façon, c'est bien connu. La perception des uns et des autres de l'environnement social et physique peut-elle avoir un effet sur leur sentiment de sécurité et, de là, sur leur santé?

 

Il semble que oui, selon une vaste étude menée par une équipe de chercheurs du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine. «Nous savons que le sentiment de sécurité des parents influe sur celui des enfants, mais nous ignorions dans quelle mesure le regard des enfants sur leur environnement contribue à ce sentiment», précise Carolyn Côté-Lussier, chercheuse postdoctorale au Centre international de criminologie comparée de l'Université de Montréal et première auteure des publications issues de cette étude.

Dans un premier volet, réalisé dans la grande région de Montréal, l'équipe a interrogé près de 500 enfants âgés de 8 à 10 ans ainsi que leurs parents sur leur perception de l'environnement urbain et leur sentiment de sécurité. Le tout a été mis en corrélation avec divers facteurs objectifs de leur quartier tels le tissu social, le trafic routier, l'éclairage et les espaces verts.

De façon globale, la perception des enfants va dans le même sens que celle de leurs parents : plus ces derniers considèrent leur environnement comme sécuritaire, plus les enfants le perçoivent ainsi. Et vice versa. Mais cette convergence n'explique pas seule le sentiment exprimé par les enfants. Il y a aussi les éléments objectifs de l'environnement perçu différemment par les enfants.

«Les facteurs associés à de l'insécurité chez les parents, et par conséquent chez les enfants, sont un haut taux de familles monoparentales dans le quartier, un manque de confiance envers le voisinage, la présence de graffitis, des bâtiments mal entretenus et le trafic automobile, énumère la chercheuse. En revanche, les enfants perçoivent leur quartier de façon plus sécuritaire que leurs parents lorsqu'il y a plus d'éclairage de rue et plus d'espaces verts.»

On sait que les enfants ont peur du noir et que la végétation réduit le stress, avance-t-elle comme explication. «Planter des arbres n'a pas que des effets environnementaux, souligne Carolyn Côté-Lussier. Cela a également une influence positive sur la santé et sur le bien-être de la population.»

Insécurité à l'école

Ces mêmes facteurs humains et physiques sont de plus corrélés avec le sentiment d'insécurité vécu par les adolescents à l'école. Dans un second volet, l'équipe de chercheurs a en effet observé que la pauvreté ? chronique ou survenant après l'âge de 10 ans ? n'explique qu'une partie de l'insécurité mesurée chez une cohorte de 2120 jeunes âgés de 13 ans et issus de toutes les régions du Québec.

«La pauvreté est un facteur de risque de victimisation à l'école, mais une part de l'insécurité ressentie par les jeunes de familles pauvres est aussi occasionnée par un environnement décrit par les parents comme étant perturbé à cause des détritus, de la vente et de la consommation de drogues et de la présence de groupes de jeunes qui causent des problèmes. Cet environnement compte en outre de nombreuses familles monoparentales et peu d'espaces verts», mentionne Carolyn Côté-Lussier.

Pour diminuer l'insécurité à l'école, il faudrait donc également agir sur ces facteurs environnementaux, conclut l'étude.

Insécurité et santé

Pour Carolyn Côté-Lussier, la mesure du sentiment de sécurité permet d'établir un lien entre la pauvreté, l'environnement et la santé. «Les revenus familiaux moins élevés sont associés à un niveau plus grand d'insécurité dans le quartier et à l'école et cette insécurité est elle-même liée à un risque accru de problèmes de santé dont l'obésité», affirme-t-elle.

Des études ont effectivement montré que le sentiment d'insécurité est un indicateur d'une mauvaise qualité de sommeil, d'asthme, de détresse psychologique et d'un manque d'activité physique.

«Si le quartier est perçu comme étant moins sécuritaire, les enfants seront moins portés à faire des activités physiques extérieures et risquent alors de passer plus d'heures inactives devant la télévision. De plus, le sentiment d'insécurité pourrait causer un dérèglement du système endocrinien et contribuer à une moins bonne santé.»

Ces travaux sont dirigés par Tracie Barnett, professeure à l'INRS-Institut Armand-Frappier et chercheuse au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine.