La FEP valorise la reconnaissance des expériences

  • Forum
  • Le 7 avril 2015

  • Dominique Nancy

«La démarche de reconnaissance des acquis est une occasion privilégiée pour faire valoir ses connaissances et son expérience de travail«. souligne l'étudiante Hélène Frégeau.Hélène Frégeau, infirmière spécialisée dans la vente de produits médicaux, termine présentement son certificat en gestion des services de santé et des services sociaux à la Faculté de l'éducation permanente (FEP) de l'Université de Montréal tout en travaillant 30 heures par semaine.

 

Cette mère de trois enfants titulaire d'un diplôme d'études collégiales en soins infirmiers est retournée sur les bancs d'école pour sa «satisfaction personnelle». Le désir de retravailler à titre d'infirmière gestionnaire dans le réseau public de la santé l'a incitée à entreprendre un baccalauréat par cumul. Et, afin d'accélérer l'obtention de son diplôme, Mme Frégeau a déposé une demande de reconnaissance d'acquis à la FEP par l'entremise du site Internet de la faculté.

«La démarche de reconnaissance des acquis est très valorisante, mais exige du travail et de la rigueur, souligne l'étudiante. C'est une occasion privilégiée pour entamer une réflexion sur soi-même et faire valoir ses connaissances et son expérience de travail.»

Jean-Pierre Lefebvre, responsable du Service de reconnaissance des acquis expérientiels, l'a accompagnée dans l'analyse de ses expériences. «Il m'a offert un soutien personnalisé, il m'a donné de bonnes pistes pour atteindre les objectifs visés sans toutefois créer d'attente», dit-elle. L'échec, toujours possible, de la démarche peut être perçu comme une remise en cause de sa compétence professionnelle. «Il faut bien se préparer psychologiquement», ajoute Mme Frégeau. Tout ce qui a de la valeur aux yeux de l'étudiant ne sera pas nécessairement reconnu par l'Université...

«Le défi consiste à guider le candidat dans la phase réflexive du processus, qui est exigeant, mentionne Jean-Pierre Lefebvre. En effet, l'analyse porte sur la personne elle-même. On lui fournit des outils et du soutien, mais au final la rédaction est faite en solitaire par le candidat, le seul à bien connaître son parcours professionnel.»

Jean-Pierre LefebvreEn quoi consiste exactement la démarche de reconnaissance des acquis? «C'est un processus d'évaluation des compétences qui se fait, ici à la FEP, grâce à un document synthèse qui prend la forme d'un portfolio dans lequel l'étudiant décrit de manière succincte des expériences de travail significatives en mettant l'accent sur ses compétences et en apportant des preuves matérielles de ses réalisations», résume M. Lefebvre.

La faculté a voulu simplifier au maximum le processus, qui est néanmoins très rigoureux de façon à assurer une formation adéquate. Après avoir été admis dans un programme, l'étudiant qui veut voir ses acquis reconnus en fait la demande dans un formulaire; il y indique alors le cours duquel il aimerait être exempté soit parce qu'il juge qu'il n'apprendrait rien de nouveau, soit parce qu'il estime connaître très bien la matière à l'étude. Par exemple, un journaliste inscrit au certificat en journalisme pourrait demander une exemption pour les cours La presse écrite et en ligne et La presse audiovisuelle s'il possède plus de trois années de métier. Si la FEP accueille favorablement la demande, l'étudiant peut choisir de monter un portfolio ou encore de passer une épreuve appliquée du cours.

«Quand j'ai reçu la réponse positive selon laquelle j'étais acceptée, j'étais contente, mais aussi un peu anxieuse à l'idée de préparer mon portfolio compte tenu de mon horaire chargé. Pour y parvenir, j'ai décidé d'y consacrer une journée par semaine et, finalement, le projet a avancé rapidement», raconte Hélène Frégeau, qui a mis environ 30 heures pour créer son document. Les expériences présentées dans son portfolio comprennent entre autres de la formation donnée en entreprise, la participation à des séminaires et à un programme de mentorat ainsi que la conception d'outils pour l'établissement d'une entente de partenariat. «J'ai présenté mes acquis expérientiels à partir des attentes et objectifs d'apprentissage du cours pour lequel je demandais une exemption», indique l'étudiante.

Ses efforts ont été récompensés. Sa compétence professionnelle a été reconnue par la FEP. Fière de cette réussite, Mme Frégeau a récemment déposé une seconde demande d'exemption. «Cette fois, le processus a été beaucoup plus facile... J'avais acquis de l'expérience!»

Le «travailleur qui étudie» a 37 ans

Instaurée officiellement en janvier 2014, la reconnaissance des acquis expérientiels permet aux étudiants adultes inscrits à un programme de la Faculté de l'éducation permanente de faire valoir leur qualification professionnelle pour acquérir un diplôme. De un à cinq cours de leur programme peuvent être reconnus en fonction de leur expérience. Pour M. Lefebvre, «c'est une incitation à retourner aux études quand on les a interrompues et une planche de salut pour réduire la durée de la formation universitaire et atteindre plus rapidement ses objectifs professionnels».

Depuis janvier 2014, 80 étudiants ont entamé une démarche de reconnaissance des acquis à la FEP. La moyenne d'âge de ces étudiants est de 37 ans. Tous viennent de la région de Montréal et 15 % d'entre eux sont immigrants. Bon nombre ont une relation non traditionnelle avec les études, de par l'occupation d'un emploi à temps plein, des études universitaires poursuivies à temps partiel, leurs responsabilités parentales ou leur parcours de formation irrégulier. Les femmes représentent 90 % des candidats.

Selon M. Lefebvre, ces caractéristiques reflètent des phénomènes profondément ancrés dans des tendances sociales, telles la quête d'un équilibre entre les différentes sphères de sa vie et la valorisation de la formation tout au long de l'existence. «La reconnaissance des acquis répond à un besoin grandissant, mais elle mérite d'être encore mieux connue», conclut-il.